Sans surprise, la conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), réunie à Genève depuis jeudi, a été un échec complet. Alors qu'elle devait trouver un consensus sur la libéralisation des marchés des produits agricoles et industriels, la réunion s'est terminée déjà samedi. Pour Pascal Lamy, directeur de l'organisation, «les ministres n'ont pas négocié». A part une concession imprécise de l'Union européenne (UE), endossée par la Suisse, les positions n'ont pas bougé.

Les Etats-Unis se sont retrouvés dans le mauvais rôle. Notamment à cause de leur refus de réduire leurs subventions. Washington débourse actuellement 19 milliards de dollars par année et, selon l'UE, s'apprête à verser jusqu'à 22 milliards. En outre, le Washington Post révèle dimanche que des personnes «pas du tout actives dans l'agriculture» reçoivent 1,3 milliard par an.

Les membres n'ont pas pour autant reconnu un échec définitif. Ils ont demandé à Pascal Lamy de rapprocher les positions. Le voilà promu du rôle de sage-femme, ou berger, à celui de catalyseur. «Si je n'étais pas persuadé qu'un accord était encore techniquement possible, j'aurais refusé ce mandat», a-t-il déclaré.

Comme l'UE, la Suisse accuse les Etats-Unis de ne pas bouger d'un iota. Le conseiller fédéral Joseph Deiss tient les Américains, et les grands pays émergents (G20), pour responsables de l'échec. Entretien.

Le Temps: La Suisse a fait une importante concession sur le volet «accès aux marchés» dans le dossier agricole. Laquelle?

Joseph Deiss: Nous sommes prêts à nous rapprocher de la position de l'EU qui a elle-même évolué vers celle du G20. Celle-ci préconise une baisse des droits de douane de 54% en moyenne. Notre concession est toutefois conditionnelle. Nos partenaires doivent accepter nos demandes sur les produits sensibles et sur le «tarif capping» (forte baisse sur les droits de douane élevés). Nous avons dit dans le passé que l'offre européenne nous paraissait inacceptable. En s'en rapprochant, nous faisons preuve de beaucoup de flexibilité pour parvenir à un accord sur le Cycle de Doha.

- Si la proposition du G20 est acceptée, le manque à gagner pour les agriculteurs suisses, selon une simulation faite par l'Union des paysans, serait de 3 milliards de francs. Comment allez-vous les convaincre?

- Je n'ai jamais dit que nous allons accepter la formule du G20. Quand aux agriculteurs suisses, nous leur avons toujours tenu un discours franc, notamment sur les conséquences inévitables d'un accord. Même s'il est difficile de faire des analyses techniques à ce stade, notre flexibilité aurait un impact d'environ un demi-milliard de francs.

- Qui doit prendre l'initiative après l'échec de cette conférence?

- Deux acteurs refusent toujours d'améliorer leurs offres: les Etats-Unis et le G20. C'est aux Etats-Unis de réduire leurs subventions internes et au G20 de baisser les droits de douane sur les produits industriels. En revanche l'UE et le G10 ont déjà accepté d'éliminer les subventions aux exportations et nous venons d'accepter un plus grand accès à nos marchés agricoles.

- Est-il réaliste d'attendre des résultats d'ici à la fin de juillet?

- Nous avons encore cette possibilité et ça vaut la peine d'essayer. Mais c'est bien la dernière. Sinon, il faut accepter que les négociations du Cycle de Doha prennent encore plusieurs années avant d'aboutir et que chaque année qui passe nous prive des bénéfices du commerce mondial plus important. Malheureusement, les principaux perdants seraient les pays en développement qui ont peu de pouvoir contractuel individuel et qui ont tout à gagner si le système multilatéral fonctionne.