L’expert

Rester entre soi, ou les véritables limites de la diversité

Ces temps, l’entre-soi est à la mode. On se recrute parmi, on se déplace en banc et on fonctionne en clan. Ces recrutements consanguins représentent cependant un véritable fléau pour les entreprises. Explications

Jolie formule s’il en est, expression plutôt urbaine, entendue dans la bouche du président français Emmanuel Macron. C’est sa volonté d’en finir avec les bastions d’énarques et de remettre le pays sur pied en s’appuyant sur une équipe plurielle composée d’experts issus notamment de la société civile. Encourageant!

L’entre-soi est très subtilement décrit dans le magazine masculin estival GQ, qui décrypte les modes de vacances des VIP français. Les intellectuels parisiens de gauche se retrouvent dans le Luberon, ceux de l’extrême droite dans le Gers, le monde de la TV et du show-business à Los Angeles ou Saint-Barth, celui de la mode à Mykonos, Formentera ou Ibiza, celui du cinéma au Cap-Ferret et les grands patrons du CAC 40 à Saint-Tropez.

Plus de frontière entre le privé et le professionnel

Il n’y a plus, alors, de frontière entre le privé et le professionnel. Tous se déplacent en banc et fonctionnent en clan. Ils organisent des dîners comme à Paris avec les mêmes gens, les mêmes sujets de conversation… L’entre-soi en vacances est une tendance qui semble s’accentuer. Il sert à entretenir son capital social, à préparer sa rentrée professionnelle. Désolant!

Dans le monde du travail, c’est un véritable fléau, alors que tout un chacun se gargarise de diversité et d’inclusion! C’est la garantie d’une prise de risque et d’une créativité niveau zéro. C’est l’industrie du luxe et ses recrutements consanguins, avec ses cohortes de diplômés des écoles de management qui prétendent enseigner à la planète entière ce qu’est le luxe!

Des critères de sélection identiques pour tous

Tous sont sélectionnés sur les mêmes critères, formatés pendant leurs études, et leurs recettes business sont identiques. Desséchant! Mais quand les marges s’érodent, que les bénéfices se réduisent comme une peau de chagrin, vite! au secours! Il nous faut un «disrupteur» qui va donner un grand coup de pied dans la fourmilière!

S’ensuivent les licenciements en série de tous ceux qui ont cru bon de se fondre dans le moule, mais aussi des agents de changement, car finalement seul le big boss a le privilège de la disruption. Affligeant! L’entre-soi, c’est la «bro culture» de la Silicon Valley. Après avoir été un précurseur de la diversité, l’industrie high-tech est aujourd’hui le fief de l’homme blanc diplômé de Stanford. Décevant!

«Je suis tellement exceptionnel que je vais m’entourer des mêmes que moi»

L’entre-soi traduit en suisse romand devient très imagé: «se recruter parmi». Quand les dirigeants n’ont pas toujours conscience de la notion de biais (sexe, âge, nationalité, formation) et recrutent avec un présupposé en tête, plus ou moins conscient: «Je suis tellement exceptionnel que je vais m’entourer des mêmes que moi.»

L’entre-soi, c’est aussi l’aspiration à une certaine tranquillité; ne pas avoir à gérer la contradiction et à intégrer des points de vue différents. Sclérosant!

Note positive

Enfin, l’entre-soi peut aussi avoir du bon! C’est cette tentation de l’entre-femmes tout aussi subtilement analysée cette fois par l’hebdomadaire français Le Nouvel Observateur: retour aux Etats-Unis, en Corée du Sud, en Australie des classes non mixtes qui produisent de bien meilleurs résultats, prolifération des clubs de gym, cercles professionnels exclusivement féminins, choix du célibat…

Les hommes maîtrisent la prise de territoire, la parole, les femmes sont plus dans l’écoute, l’interrogation. Pour se construire, s’imposer, elles ont besoin de se soustraire au regard masculin. Quand leur leadership est bien ancré, elles peuvent travailler en terrain mixte tout en restant elles-mêmes. Eclairant!

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