Il y a un an, le 15 septembre 2008, Lehman Brothers se déclarait en faillite, provoquant un séisme financier sans précédent. A l’occasion de cet anniversaire, beaucoup s’inquiètent de l’absence persistante de réglementation permettant d’éviter une nouvelle catastrophe de cette ampleur.

Coup d’œil dans le rétroviseur: il y a un an, le 15 septembre 2008, le dépôt de bilan de la banque d’affaire Lehman Brothers provoquait un séisme d’une rare magnitude à Wall Street. S’ouvrait alors le cratère d’une crise financière d’où les économies mondiales travaillent encore à s’extraire. L’occasion de l’anniversaire est largement exploitée, tant par les médias que les sphères politique et académique, pour tirer le bilan de cette année écoulée et marteler un «plus jamais ça» qui peine à se traduire en mesures tangibles.

Outre les récits, sur le mode trépidant, des jours intenses qui ont précédé cette faillite historique, la presse financière profite d’une année de recul pour évaluer l’efficacité et les conséquences des mesures prises pour éviter l’effondrement systémique qui menaçait. Des taux d’intérêt réduits à presque rien, des dépenses gouvernementales massives, de l’argent public injecté à l’échelle de milliards pour colmater les bilans bancaires, des garanties d’Etat largement distribuées, laquelle de ces mesures fut la plus salutaire? Les spécialistes en débattent encore, selon le Wall Street Journal , qui les rappelle toutes.

Mais quoi qu’il en soit, mieux valait tout entreprendre, au risque de se tromper un peu, commente Frederic Mishkin, économiste à l’Université de Columbia et ancien de la Fed, cité par le WSJ. Ce qui fait l’unanimité, c’est que tout ce qui a été fait par le gouvernement pour que la confiance revienne aux banques a été absolument essentiel et efficace. La question qui, cependant, restera longtemps encore posée est celle de savoir si le Trésor et la Réserve fédérale américains ont vu juste en laissant s’effondrer Lehman Brothers.

Le Financial Times y donne sa réponse dans un éditorial: oui, les autorités américaines ont bien fait. Auraient-elles agi différemment, estime le quotidien britannique, c’est le capitalisme même, dont la double mécanique repose sur l’appât du gain et l’angoisse de la faillite, qui s’en serait trouvé corrompu.

Mais le plus important, insiste le FT à une semaine du sommet de Pittsburgh où la régulation financière sera à nouveau au menu du G20, reste encore d’éviter que l’histoire ne se répète. Cela passe, rappelle le quotidien, par une révision de la loi sur les faillites, une plus grande transparence dans les transactions de produits dérivés de gré à gré et l’établissement d’un règlement systémique qui empêcherait les importants établissements financiers d’être tous exposés aux mêmes risques. Un débat reste à ouvrir, qui questionnera la taille des géants bancaires et des risques qu’ils font encore peser sur l’ensemble du système. C’est sur la teneur de ce règlement que les politiciens, de part et d’autre de l’Atlantique, doivent rapidement s’accorder, plaide le FT, au lieu de se disputer pour savoir quel organisme en sera garant.

Et alors que Barack Obama s’apprêtait à faire, lundi à Wall Street, un discours en forme d’état des lieux de l’intervention gouvernementale un an après la chute de Lehman Brothers, l’ancien Nobel d’économie Joseph Stiglitz se plaignait auprès de l’agence financière Bloomberg que rien, depuis l’automne dernier, n’avait changé dans le système financier américain: «Les banques considérées comme trop grosses pour tomber en faillite («too big to fail») sont, aujourd’hui, toujours trop grosses. C’est pire qu’en 2007, avant la crise.» Et de se plaindre que, en dépit du temps et des discours écoulés, rien de significatif n’a été entrepris en termes de régulation.

Ce que la chute de Lehman Brothers a véritablement changé, en revanche, c’est la vie des hommes et des femmes qui y travaillaient. Le New York Times raconte les rêves perdus, les économies envolées, les existences bouleversées, le calvaire d’une recherche d’emploi au sein d’une industrie effondrée, et quelques reconversions heureuses.

Quant à l’ancien patron de la prestigieuse institution faillie, Richard Fuld, il reste lui aussi stigmatisé, à en croire le WSJ , qui évoque ses difficultés à se refaire un nom sur la place financière new-yorkaise. Celui qui, à l’époque, dirigeait 25 000 employés tient aujourd’hui un modeste bureau de conseils financiers, Matrix Advisors, assisté d’à peine trois personnes. En dépit de l’expérience et du vaste réseau dont il bénéficie, Richard Fuld doit prendre son mal en patience, comme le lui conseille son ancien confrère Joseph Grano, cité par le WSJ: «Lorsqu’on est associé à la toxicité, il faut attendre que la situation décante. Que tu le veuilles ou non, lui aurait-il dit au cours d’un dîner, tu resteras infréquentable pour les quelque deux prochaines années.»