Revue des idées économiques

Restez mariés, surtout après 50 ans!

Le divorce est coûteux à tout âge, mais il l’est encore davantage après 50 ans, selon une étude qui mesure l’impact du changement d’état marital sur l’évolution de la richesse des individus.

La littérature économique a abondamment démontré le lien positif entre le mariage et le revenu de l’homme. Elle s’est moins penchée sur son effet sur le salaire de l’épouse en raison de la forte corrélation entre le mariage et la maternité. Mais elle s’est encore moins prononcée sur l’analyse du lien entre le statut marital et la richesse. C’est tout le mérite de l’actuelle étude de Julie Zissimopoulos (1).

Sur le plan théorique, l’économie des modèles d’épargne suppose que les individus maximisent l’utilité attendue. Cela implique que la consommation est déterminée par ce qu’on appelle le revenu permanent. Ce dernier stipule que les choix effectués par les consommateurs sont dictés non par leur revenu effectif actuel, mais par l’estimation de leur revenu à long terme. Si par exemple je pense que mon problème actuel n’est que passager, j’accepte de réduire temporairement mon épargne pour maintenir mon train de vie.

Le changement de statut marital (divorce, veuvage, remariage) affectera le comportement. Est-il compris comme transitoire ou permanent? S’il l’est, dans le cas d’un divorce l’individu acceptera de réduire temporairement son épargne pour maintenir son niveau de consommation.

Zissimopoulos se penche sur les individus de plus de 50 ans, plus exactement les gens nés entre 1931 et 1941 aux Etats-Unis, et analyse leur statut et leur richesse 14 ans plus tard. Elle observe qu’en 1992 10% étaient divorcés, 6% veufs. Et dans les 14 années suivantes, 15% ont changé de statut marital. L’auteur montre que leur richesse dépend fortement du statut marital ainsi que du changement de son changement.

La richesse (immobilière et financière) est en moyenne de 363 814 dollars pour les individus qui restent mariés 14 ans plus tard, 278 365 dollars pour les divorcés, 254 362 dollars les veufs et 281 843 dollars les remariés. Tous les individus non mariés ont une fortune inférieure aux mariés. Et parmi les non-mariés, la fortune moyenne des divorcés et veufs correspond à environ 60% de celle des gens qui se remarient. L’auteur ajoute que la différence ne se lit pas dans le salaire lui-même mais dans la fortune.

Le patrimoine des individus remariés correspond à 77% de celle des mariés qui le restent. L’idée d’une perte de richesse en raison du changement de statut marital se trouve donc confirmée. Elle reste valable même en intégrant le statut économique dans l’étude.

L’auteur montre également que la richesse des individus divorcés diminue avant même que le divorce ne soit prononcé. Durant les 12 mois le précédant, la perte atteint 39 918 dollars en moyenne. Une certaine reprise se produit dans les deux ans après le divorce. A l’inverse, aussi bien le mariage que le remariage se traduisent par une augmentation de la fortune.

Les femmes perdent davantage de richesses que les hommes après un divorce, poursuit Julie Zissimopoulos. Le statut de veuf s’accompagne pour sa part d’une moindre perte financière que celui de veuve.

(1) Gain and loss: mariage and wealth changes over time, Julie Zissimopoulos, University of Michigan, WP 2009-213

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