Le 14 février dernier, une obscure société autrichienne, Victory, annonçait avoir dépassé, grâce à des achats d'options, la barre des 10% dans le capital du conglomérat suisse Unaxis, l'ancien Oerlikon-Bührle. Le 23 février, Victory passait la barre des 20%. En Bourse, l'action et le volume des transactions montaient en flèche: Unaxis était la cible d'un raid boursier.

Victory est l'une des sociétés de Mirko Kovats, 56 ans, l'homme d'affaires le plus connu d'Autriche. Après avoir suscité la controverse dans son pays, il a jeté son dévolu sur la Suisse. Outre Unaxis, il affirme chercher à «prendre le contrôle total» d'un fabricant de machines, vraisemblablement le zurichois Schlatter, et la majorité d'une entreprise du «même calibre» qu'Unaxis. Pourrait-il s'agir de Von Roll dont le cours boursier ne cesse de s'apprécier sur de gros volumes? En 2003, Mirko Kovats avait déjà racheté la division Von Roll Inova du groupe basé à Zurich.

«La Suisse est une mine d'opportunités», a-t-il affirmé au magazine Bilanz. Selon lui, les Suisses ont été lents à délocaliser leur industrie en Asie. De nombreux gisements de valeur pourraient être exploités en accélérant le mouvement. C'est ce qu'il compte faire avec Unaxis: «Des résultats peuvent être obtenus en l'espace de seulement quelques trimestres», affirme-t-il. Son allié dans cette aventure, le banquier d'affaires viennois Ronny Pecik, a laissé entendre que certaines divisions pourraient être vendues.

Mirko Kovats est un admirateur du milliardaire américain Warren Buffett qui a bâti sa fortune en achetant des sociétés délaissées par les investisseurs. Un doctorat de commerce international en poche, il s'est lancé en 1972 dans l'import-export de matériel industriel avec les pays de l'Est. Dans les années 80, il finance un hôtel Holliday Inn en République tchèque. Un succès. Il place aussi des capitaux dans des immeubles en Pologne et dans des boîtes de nuit en Autriche. Puis l'homme d'affaires touche à l'industrie. Il acquiert une fabrique de rayons pour roues de bicyclettes et une société de travaux publics à Vienne. «Bien que Kovats en ait financièrement profité, les deux sociétés ont fini par déposer le bilan», rapporte l'hebdomadaire autrichien Profil.

Unaxis: du nouveau au mois d'avril

En 1997, la carrière de Mirko Kovats prend un tournant décisif avec la reprise d'Emco, un fabricant de véhicules industriels en difficulté. Il parvient à le redresser. C'est la première pierre d'un véritable conglomérat. Ces dernières années, Mirko Kovats a racheté deux constructeurs de machines en faillite en ex-Allemagne de l'Est, une usine de fraiseuses en République tchèque, le constructeur de moteurs électriques ATB en Autriche et la société Austrian Energy, désormais liée à Von Roll Inova.

Ces sociétés réalisent ensemble un chiffre d'affaires de l'ordre de 500 millions d'euros et emploient 4000 personnes. En trois ans, le cours boursier d'ATB a été multiplié par huit. Ce faisant, Mirko Kovats s'est construit une réputation d'homme implacable et de «restructurateur» féroce. Mais il n'est devenu le financier le plus controversé de son pays que l'hiver dernier.

Début novembre 2004, Mirko Kovats a créé la surprise en cédant à Siemens sa participation de 16,7% dans le groupe d'ingénierie VA Tech, fleuron de l'économie autrichienne avec 17 000 employés. Il aurait empoché près de 100 millions d'euros de bénéfice. Cette transaction a permis au groupe allemand de lancer une seconde offre publique d'achat auquel l'Etat, actionnaire à hauteur de 14,7%, a fini par se rallier. Le chancelier Wolfang Schlüssel a déclaré que «personnellement», il «préférait Siemens à l'ancien actionnaire» Mirko Kovats, rapporte l'AFP. Quoique soutenu par les grandes banques autrichiennes, Mirko Kovats est mal accepté dans la haute société viennoise.

Avec Unaxis, qui pèse 2,4 milliards de francs en Bourse, les sommes en jeu se comptent en centaines de millions. «Je ne veux pas la majorité. Pas pour le moment, a déclaré Mirko Kovats à Bilanz. Mes 21,3% me suffisent.» Son objectif immédiat est d'obtenir deux des six sièges du conseil d'administration. Pour cela, il lui faudra exercer ses options d'achat d'actions avant le 4 avril, date limite pour s'inscrire à l'assemblée générale du 26 avril. Unaxis publiera ses résultats annuels mardi prochain.