André & Cie ferait-il face à de nouvelles difficultés? Alors que le groupe a annoncé en janvier un nouveau plan de restructuration qui reléguera la compagnie d'import-export lausannoise autrefois florissante à un rôle de deuxième plan sur son marché, une note interne prépare les équipes à de nouveaux licenciements.

«Au vu des circonstances, nous devons prévoir une restructuration plus profonde en ce qui concerne André & Cie à Lausanne», explique le PDG Friedrich Sauerländer dans une lettre adressée à ses collaborateurs. Contacté, Yves Cuendet, secrétaire général du groupe, expose le problème en ces termes: «La discussion qui se prolonge avec nos partenaires bancaires affecte notre position. Le temps passé à négocier a eu pour conséquence de diminuer notre volume d'affaires. Un mois au ralenti ne nous aide pas dans la situation qui est la nôtre. Nos charges fixes qui représentent 1/12e de nos dépenses n'ont pas été couvertes pendant un mois. Cela représente vite des sommes importantes.»

Yves Cuendet estime qu'il est beaucoup trop tôt pour évaluer le niveau de la nouvelle restructuration qui sera annoncée. «Si de nouveaux licenciements devaient être décidés, ils le seront aux mêmes conditions que le plan social qui avait été dévoilé en janvier dernier», se contente-t-il de souligner. Les propriétaires de la maison André & Cie ont dû apparemment remettre la main à la poche. Selon la note interne, les actionnaires familiaux ont mis en place un fonds de garantie afin de faire face à cet élargissement du plan social.

André & Cie avait exposé en début d'année son plan de suppression de 700 à 850 emplois dans le monde, dont 75 sur les 240 personnes travaillant à Lausanne. En 2000, une première restructuration avait déjà supprimé 60 emplois au siège de la compagnie basée dans le canton de Vaud. Les dirigeants d'André & Cie ont-ils dû faire face à des difficultés qui n'avaient pas été décelées dans un premier temps par Friedrich Sauerländer lors de son audit effectué à la fin de l'année dernière? «Pas du tout, estime Yves Cuendet, le PDG d'André & Cie ne pouvant être joint lundi. Nous finalisons nos discussions avec les banques et rien n'a encore été décidé quant à la stratégie future de notre groupe. Nous ne savons pas encore si nous allons nous focaliser sur un secteur d'activité ou en abandonner d'autres, par exemple. C'est d'ailleurs ce qui explique pourquoi nous ne pouvons toujours pas dire quelle sera l'ampleur de la nouvelle restructuration à Lausanne.»

Montants colossaux

Reste que l'horizon devra s'éclaircir rapidement pour le groupe vaudois qui, quand tout allait bien, pouvait se permettre de laisser planer le doute sur le montant des transactions qu'il traitait. On parlait à l'époque de 10 milliards de dollars, une donnée qui n'a jamais été confirmée. Aujourd'hui, les partenaires de la compagnie de négoce s'interrogent. «La période d'incertitude doit laisser place à des décisions fermes en ce qui concerne l'avenir du groupe, explique un spécialiste du secteur à Genève. Dans le trading, on manipule des montants colossaux et personne n'aime traiter avec un partenaire en mauvaise posture.» «Certains clients gèlent leurs affaires et, durant cette période de négociation, les moyens financiers ne sont pas mis à disposition par nos partenaires bancaires», expliquait lundi Yves Cuendet. Le milieu du négoce et le groupe André & Cie en particulier ont toujours détesté s'exposer en pleine lumière. Ce qui a toujours été considéré comme mauvais pour les affaires. Le 19 janvier, en plein exercice de transparence, le tout nouveau PDG avait expliqué à la presse que les discussions avec le consortium de banques créancières du groupe devaient rapidement aboutir. Un mois et demi après, l'âpreté des négociations se devine au vu de la difficulté à trouver une solution à l'équation posée par l'entreprise familiale mal en point qui doit se battre sur un marché toujours plus compétitif et sur lequel les marges se réduisent.