Ruag est un fleuron suisse. «Sans elle, l’armée ne fonctionnerait pas», louait ce lundi Viola Amherd, la nouvelle ministre de la Défense. En mains exclusives de la Confédération, l’entreprise devrait toutefois bientôt être en partie vendue. En cause: la direction étatique pose problème à certaines activités du groupe, dont l’aérospatial. «Les investissements à l’étranger y sont toujours un peu acrobatiques», selon les mots de la ministre PDC.

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Pour assurer un futur dynamique au secteur extraterrestre, le gouvernement a décidé de le privatiser. Les activités militaires de Ruag restent toutefois en mains publiques, à l’exception notable de sa filiale Ammotec (munitions), qui devrait être vendue. Au parlement fédéral, ces annonces n’ont ravi personne.

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Le doute spatial

A droite, c’est une potentielle entrée en bourse de Ruag international qui fait le plus tiquer. «Je suis contre, dit le conseiller national Werner Salzman (UDC/BE). Et si les Chinois rachètent l’entreprise?» Le colonel bernois ne comprend pas non plus pourquoi Ammotec serait vendue de la sorte, sentiment que partage le sénateur Olivier Français (PLR/VD): «Il y a quelques mois, le Conseil fédéral souhaitait ouvrir la vente d’armes au pays en conflit interne pour s’assurer des marchés d’exportations et maintenant cette fabrique est bradée, regrette le Vaudois. La restructuration du groupe est précipitée et pleine d’incertitudes.»

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La gauche n’est pas moins critique. «Il faut faire attention de ne pas liquider le savoir-faire helvétique dans les domaines spatiaux stratégiques comme l’envoi de satellites ou les technologies GPS», juge le conseiller national Samuel Bendahan (PS/VD). «Il serait dommage de privatiser ces domaines prometteurs», renchérit la sénatrice vaudoise Géraldine Savary (PS/VD): «Ruag doit garder des capacités d’innovation.»

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Quelle que soit la couleur politique, une même constatation: la restructuration de l’entreprise tient du grand flou artistique. Un point positif tout de même, relève Géraldine Savary: «La boîte noire Ruag s’ouvre un peu. Cela nous permettra peut-être de voir ce qu’il y a dedans et d’obtenir un peu plus de transparence dans le futur.»