«Un midi, j'ai déjeuné avec mon responsable hiérarchique. Nous avons parlé des projets dont j'allais prochainement m'occuper. Le soir, il m'a appelé pour me dire que j'étais licencié, avec effet immédiat.» Les licenciements dans les entreprises américaines ont la réputation d'être brutaux. La manière employée par Goldman Sachs, comme le raconte ici un de ses anciens employés licencié l'an dernier, ne fait que la confirmer. Au-delà de la manière, la banque américaine semble avoir entrepris une restructuration en profondeur de son entité suisse présente à Zurich et à Genève.

Plusieurs anciens salariés de Goldman Sachs Suisse ont indiqué au Temps que les effectifs au sein de la filiale helvétique seraient passés de 220 personnes en avril 2000 à moins de 150 aujourd'hui. Certains estiment même que cette présence en Suisse ne dépasse plus la centaine d'employés et qu'elle pourrait se réduire à une cinquantaine d'ici à juin 2003 si la déprime des marchés financiers se poursuit.

Des changements à la tête de la banque seraient également en cours, comme Le Temps l'avait annoncé le 26 octobre dernier. Matthias Frish, ancien responsable opérationnel, serait écarté au profit d'Alexander Classen, jusqu'ici numéro deux, et de Claudia Spiess, ancienne responsable juridique. Fin octobre, Goldman Sachs annonçait d'ailleurs la promotion de cette dernière au poste de «managing director».

Plusieurs sources concordantes avancent que la partie back office de la gestion des actifs sous gestion serait rapatriée à Londres. Cette activité serait en fait devenue trop coûteuse en Suisse. La masse sous gestion serait passée de 15 milliards de francs en 2000 à moins de 10 milliards de francs en 2002. La chute des marchés expliquerait une partie de ce recul. Plusieurs gros clients auraient aussi retiré leurs avoirs. Enfin, la décision d'exclure les clients dont les comptes pèsent moins de 5 millions de dollars aurait elle aussi provoqué une baisse de la taille des actifs.

Baisse de 9% des salariés

Des rumeurs de fermeture des bureaux de Zurich et de Genève qui ont un temps circulé semblent toutefois infondées. «Le coût en termes d'image serait trop dommageable», estime un ancien employé de la banque. De son côté, la direction de la communication de Goldman Sachs ne souhaite commenter aucune de ces informations. Elle déclare seulement que «Goldman Sachs reste très attaché à sa présence en Suisse, tant à Zurich qu'à Genève». Arrivée dès 1974 en Suisse, Goldman Sachs a obtenu sa licence bancaire en 1992. En juin 2001, elle avait ouvert une succursale à Genève où elle emploierait une dizaine de personnes.

Au plan mondial, la banque américaine a engagé un vaste plan de réduction des coûts. A l'échelle suisse, les charges liées aux rémunérations apparaissent particulièrement élevées. Dans son dernier rapport sur le monde bancaire publié en août, la société Swissmoney avait estimé à 183 000 francs le salaire moyen dans les banques helvétiques contre 400 000 francs dans les banques américaines, dont Goldman Sachs. Les coupes dans les effectifs font donc pleinement partie de ce plan d'économie. Depuis le début de l'année, le nombre de ses salariés a diminué de 9% à 20 647. Dans une téléconférence donnée fin septembre, le directeur financier a indiqué que de nouvelles suppressions d'emplois pourraient intervenir, avait rapporté l'agence Reuters. Les derniers résultats trimestriels de Goldman Sachs ont de leur côté montré une hausse du bénéfice trimestriel à 522 millions de dollars, contre 468 millions de dollars au même trimestre de l'exercice précédent. Le chiffre d'affaires est resté stable sur le trimestre à 3,65 milliards de dollars. Depuis le début de l'année, l'action a néanmoins perdu 21% de sa valeur.