Quand il a lancé ce produit sur le marché suisse il y a à peine trois ans, Guy Monson n'imaginait sans doute pas qu'il était un précurseur. A l'époque, on parlait encore à peine d'allocation d'actifs sectorielle, et il venait se présenter devant les investisseurs avec une idée encore plus en avance: l'allocation d'actifs thématiques. «C'était une niche; aujourd'hui, d'autres promoteurs ont choisi aussi cette approche. Mais, avec des actifs de 1,3 milliard de francs, EquiSar est aujourd'hui le plus grand fonds de placement qui ait choisi cette approche d'investissement», confie son gestionnaire à l'occasion d'un passage à Genève. Certes, le fonds a souffert des paris de sa politique: l'an passé, sa performance a corrigé de 13,7% en francs alors que l'indice de référence, le MSCI World, ne plongeait que de 11,8%. Mais si c'est la première année de sous-performance d'EquiSar, son profil de risque reste toujours plus avantageux que celui de son indice, souligne le gestionnaire, et son ratio de Sharpe de 1,13 à fin février est plus attractif que celui de l'indice. «En fait, dans son style, ce n'était pas vraiment un désastre», commente Guy Monson avec philosophie.

Le Britannique, qui adore donner son avis quotidien devant les caméras de CNBC, reste convaincu de la justesse de son approche. Il a même entièrement réorganisé sa recherche en fonction de ce style. Car l'environnement, aujourd'hui, n'est plus propice à une sélection géographique ou sectorielle, selon lui. Dans un monde globalisé, la localisation d'un titre, l'endroit où il est coté, la perméabilité des frontières, le flou qui règne entre les activités et l'avènement des technologies de l'information rendent l'approche thématique indispensable. Un thème, que d'autres pourraient appeler une «méga-tendance», c'est une dynamique globale qui stimule la croissance des bénéfices et soutient la performance des actions sur une période pluriannuelle. Pour EquiSar, il en a choisi cinq: la restructuration d'entreprise (20,4% des actifs au 1er mars), le nouveau consumérisme (22%), l'énergie globale (21,4%), la technologie (11,9%) et l'e-économie (20,4%). Le solde des actifs est liquide.

Cette portion de 3,8% en cash lui est utile pour saisir des opportunités d'investissement. Or, alors que la contre-performance des valeurs technologiques a effectivement fait souffrir son portefeuille à la fin de l'année dernière, c'est bien plutôt la crise des prix du pétrole qui inquiète Guy Monson. «Pour moi, ses effets sont bien plus importants à long terme et c'est ce choc, beaucoup plus que celui qu'ont supporté les valeurs technologiques, que Alan Greenspan a été obligé de prendre en compte dans ses récentes décisions», confie Guy Monson. Du coup, dans le thème de l'énergie globale, il a élargi ses positions aux valeurs de l'électricité, aux raffineries, à la construction navale active dans les pétroliers, à l'énergie alternative et au charbon.

Par ailleurs, Guy Monson juge que le thème des restructurations d'entreprises est en train de devenir une magnifique opportunité. Pour lui, de nombreuses valeurs de la Nouvelle Economie ont d'excellents fondamentaux même si elles ont subi de grands chocs boursiers. On peut aussi combiner ce thème avec celui de l'e-économie où on va voir de plus en plus apparaître des valeurs classiques qui s'engagent activement dans l'e-commerce. «Il sera de plus en plus intéressant de chercher les valeurs de la vieille économie qui, en utilisant Internet comme canal de distribution et comme source de diversification de leurs activités, vont pouvoir faire baisser leurs ratios de coûts de quelques points de base et ainsi améliorer leur rentabilité», juge Guy Monson. Dans ce sens, l'année 2001 sera passionnante, juge le gestionnaire. «En effet, elle obligera à revenir à certaines valeurs de base en termes d'investissement et à ne plus focaliser l'attention sur le seul Nasdaq…»