L'environnement bancaire pourrait se révéler un peu plus délicat pour le reste de l'année. Cette formule résume assez bien le rapport publié lundi par Standard & Poor's (S & P) sur les 50 principaux établissements européens. «Les revenus des banques d'investissement, qui avaient largement profité de politiques monétaires accommodantes, risquent de souffrir en cas de hausse du loyer de l'argent», explique Arnaud de Toytot, analyste chez S & P à Paris.

Le spécialiste ne crie toutefois pas au loup. «Nous tablons sur une hausse des taux lente et graduelle, ce qui devrait en limiter l'impact sur les marchés financiers.»

L'agence de notation souligne que les établissements bancaires «ont réussi à dégager, en moyenne, de solides bénéfices au premier trimestre 2004, à l'image des bonnes performances financières obtenues l'année derrière». Il n'empêche, quelques nuages pointent aujourd'hui à l'horizon. «Les rendements à court terme risquent de se redresser et le rebond des marchés actions pourrait faire long feu», lit-on dans le rapport.

L'exception allemande

Dans l'immédiat, les spécialistes de S & P constatent que les notes de crédit attribuées aux banques, mesure de leur solidité financière, sont restées stables au cours des trois derniers mois. «Cela contraste avec la situation qui prévalait début 2003», écrivent-ils.

Le document de S & P se penche également sur l'immobilier. On apprend que la croissance des activités de crédit en Europe a été soutenue ces derniers mois par le marché hypothécaire. Une exception à ce tableau positif: l'Allemagne. Les revenus liés aux prêts dans les banques germaniques sont restés sous pression. En fait, le peu d'appétit des entreprises à consommer du crédit n'a pas été compensé. Contrairement au reste de l'Europe, les ménages allemands et l'immobilier n'ont pas pris le relais.

En revanche, le boom immobilier a été particulièrement marqué en Espagne, en Grande-Bretagne et en Irlande. L'agence fait alors remarquer que différents éléments pourraient peser sur ce segment. Cela va d'un redressement des taux européens, en passant par une chute du prix des immeubles à une baisse de la confiance des consommateurs. «Une situation qui pourrait peser sur la production de crédits bancaires», résume Arnaud de Toytot.

Cela étant, un scénario catastrophe n'est pas favorisé par S & P. A moins d'une hausse abrupte des taux, le poste «prêts immobiliers» ne devrait pas provoquer de fortes pertes pour les banques, analyse l'institut.

Le document se penche également sur les marges bancaires. Ces dernières sont qualifiées de faibles pour les affaires domestiques (marges sur les dépôts d'épargne, crédits aux PME, etc.) en raison du bas niveau des taux d'intérêt. De manière surprenante, l'agence S & P prévoit qu'elles restent sous pression. Difficile dans ces conditions de s'y retrouver. Car l'institut met parallèlement en garde contre les risques liés à une future hausse des taux.