Les résultats des compagnies aériennes chinoises sont menacés

Aéronautique Un carburant moins cher et la solidité de la demande ont ajouté jusqu’à 730% de gains aux transporteurs

Mais le yuan,les pics de passagers et les intempéries posent problème

Contrairement aux bourses, les performances haussières des compagnies aériennes chinoises semblent illimitées. Malgré un chiffre d’affaires en stagnation, le bénéfice net des principaux transporteurs du pays a enregistré une progression sensible au premier semestre de cette année. Air China a publié voilà une dizaine de jours des gains (après charges) supérieurs à 630 millions de francs, soit 7,3 fois plus qu’à la même période en 2014. China Southern Airlines, elle, a vu son bénéfice net s’envoler de 442%, à près de 538 millions de francs. Les progressions ont été comparables pour Hainan Airlines et China Eastern Airlines, avec respectivement +232% à 242 millions de francs et +300% à 549 millions de francs.

A l’origine de ces records de rentabilité, supérieurs aux profits de l’exercice 2014 tout entier: la chute des prix du pétrole, mais aussi la hausse continuelle de la demande sur les marchés intérieur et transfrontalier. D’après Le Quotidien du Peuple, Air China a réduit sa facture de carburant de 11%, à 30% de ses dépenses totales. Ce qui a eu pour effet de faire baisser le prix de ses billets. Bilan: sur les six premiers mois de cette année, l’avionneur national a transporté près de 44 millions de passagers, soit 8,8% de plus que l’année précédente. Même mécanisme de stimulation pour Southern Airlines et Eastern Airlines, dont les chiffres de janvier à août font état respectivement de plus de 54 millions (+12,9%) et près de 49 millions (+10,9%) clients embarqués.

Vu que le troisième trimestre correspond à une traditionnelle haute saison dans l’aviation civile en Chine et que, selon les autorités aériennes du pays, la «demande devrait continuellement augmenter au quatrième trimestre», le reste de l’année s’annonce tout aussi brillant. Quoique.

La dépréciation du yuan, entamée il y a quelques semaines par Pékin, risque d’éteindre la flambée des gains enregistrés ces derniers mois. Comment? En plombant la dette des compagnies, l’achat de nouveaux avions pour accompagner la croissance du secteur, par exemple, étant largement libellé en devises étrangères, principalement le dollar.

Les analystes, cités par le Wall Street Journal, estiment qu’un affaiblissement de la monnaie chinoise pourrait réduire d’un quart, voire de moitié les bénéfices engrangés sur l’année. Plus précisément, UBS Securities prédit que pour chaque dévaluation de 1% du yuan par rapport au dollar, les gains des transporteurs nationaux baisseront d’environ 9 à 14%.

Autre élément venant ternir le tableau: la croissance du trafic aérien chinois – à un rythme annuel de deux chiffres cette dernière décennie –, qui pèse sur la ponctualité des compagnies. Cette pression est accentuée par des défis météorologiques (tempêtes dans les régions méridionales) de plus en plus récurrents. Pour l’heure, les Chinois figurent dans le peloton de queue des transporteurs les moins fiables de la planète. Mais d’après l’Association internationale du transport aérien, la Chine, avec un bassin de 1,3 milliard de passagers par an (un voyageur sur 6 dans le monde) dépassera quand même les Etats-Unis en tant que premier marché du ciel, d’ici à 15 ans.

Chaque dévaluation de 1% du yuan face au dollar devrait peser entre 9 et 14% sur les bénéfices