Les investisseurs qui ont misé sur ABB n'ont pas été déçus. Au cours du premier semestre, le bénéfice du groupe helvético-suédois a progressé de 32%, pour atteindre 839 millions de dollars. Une progression spectaculaire, due en grande partie à des revenus extraordinaires, liés à la création de la coentreprise ABB Alstom Power. Suite à la fusion de sa division de production d'électricité avec celle du géant franco-britannique, ABB encaissera en effet 2,2 milliards de francs. Une somme versée par Alstom pour compenser la différence de taille entre les deux entités au sein du joint-venture, détenu à parts égales par les deux partenaires. Au cours du premier semestre, une partie de ce versement, qui a permis de réaliser un bénéfice net de 124 millions de dollars, a déjà été comptabilisée. Sans ces revenus extraordinaires, la progression du bénéfice net n'atteint que 12%. «Ces résultats sont bons et parfaitement conformes aux attentes des spécialistes», commente Christoph Roeder, analyste au Credit Suisse First Boston. «Compte tenu de la demande qui ne croit que faiblement sur de nombreux marchés, ces résultats sont encourageants», affirme pour sa part Göran Lindhal, le patron d'ABB. Le chiffre d'affaires du groupe est également orienté à la hausse, puisqu'il augmente de 10%, à 11,778 milliards de dollars. Les ventes ont progressé sur tous les continents, y compris en Asie, où elles passent de 1,29 milliard à 1,32 milliard de dollars. Du point de vue des entrées de commandes, la progression sur le continent asiatique est encore plus marquée, puisque celles-ci atteignent 1,7 milliard contre seulement 1,3 milliard de dollars. «L'évolution de la situation en Asie est réjouissante. Je m'attendais à une reprise, mais celle-ci est plus forte que prévu», relève Pascal Franc, analyste à la Banque Mirabaud & Cie. Si des signes encourageants sont enregistrés en Asie, il n'en va pas de même sur les autres continents. En Europe, les commandes ne progressent que légèrement et sur le continent américain elles chutent de 3,2 à 2,5 milliards de dollars. «La baisse des entrées de commandes sur le continent américain est due, en bonne partie, à la situation précaire qui règne en Amérique du Sud. Aux Etats-Unis la situation est meilleure, même si les prix très bas des matières premières n'ont pas incité les entrepreneurs à investir», relève John Fox, porte-parole d'ABB. Dans le secteur pétrolier cette tendance est particulièrement marquée, puisque les entrées de commandes ont baissé de 40%. «L'effondrement des prix du pétrole a empêché tout investissement dans la branche, mais la remontée des cours aura un effet positif dans les mois à venir», estime Pascal Franc. Pour l'ensemble du groupe, le volume des entrées de commandes reste cependant stable à 13,11 milliards de dollars. «Cette stagnation n'est pas un problème dans la mesure où les commandes sont largement supérieures au chiffre d'affaires du groupe», estime Beat Käser, responsable du marché suisse à la Banque Darier Hentsch.

Marge opérationnelle en hausse

Toutes les divisions ont amélioré leurs résultats mais les marges ont évolué de manière contrastée. Ainsi le secteur de la transmission d'énergie enregistre le meilleur résultat, avec une marge opérationnelle de 10,5%. Dans le secteur de la distribution de courant la marge atteint 7%. Tandis que dans l'automation, elle baisse à 6,6%. Une performance en demi-teinte, due en partie au rachat du géant néerlandais Elsag Bailey. «Actuellement, dans ce domaine, les marges sont étroites car les investissements restent faibles en Europe. De plus, les techniciens se sont surtout occupés du problème de l'an 2000. L'achat de nouvelles machines est ainsi passé au second plan», estime Beat Käser. Globalement la marge opérationnelle est tout de même en hausse. Elle passe de 8,8% à 9,3%.

Plébiscitée par les investisseurs, l'action ABB a gagné près de 50% depuis le début de l'année, réalisant ainsi l'une des meilleures performances du Swiss Market Index. Les bons résultats du groupe ont certes contribué à ce mouvement, mais d'autres facteurs, comme l'introduction d'une action unique, qui a doublé le poids d'ABB au sein du SMI, et le regain d'intérêt pour les cycliques ont tiré le cours vers des sommets.

Suite à la publication des résultats, le titre a perdu 2% à 144,5 francs, en raison de prises de bénéfices, mais pour Christoph Roeder comme Beat Käser, il existe encore un bon potentiel de hausse.