Pris dans les rets de l'infortune, Converium plonge à nouveau. Le réassureur, qui a perdu les deux tiers de sa valeur boursière, un rating favorable et, la semaine dernière, son président de la direction, a annoncé mardi, au cours d'une conférence de presse, une perte de 761 millions de dollars (887 millions de francs) en 2004. Ce résultat désastreux dépasse les 717 millions attendus par les analystes.

Quatrième trimestre décevant

Après la tornade de mauvaises nouvelles qui déferle sur le zurichois depuis l'été dernier, les analystes espéraient un résultat équilibré au quatrième trimestre. L'espoir est à nouveau déçu. Le groupe est dans les chiffres rouges à hauteur de 50 millions au quatrième trimestre.

Le départ du CEO, Dirk Lohmann, et son remplacement par Terry Clarke, 63 ans, faisaient craindre d'autres mauvaises nouvelles. Celles-ci ne sont pas venues d'un nouveau renforcement de réserves liées aux années 90, qui s'élèvent finalement à 562 millions, après un réajustement de 11 millions au quatrième trimestre. Pourtant Converium trébuche à nouveau. Cette fois sur son passé récent. Il réduit en effet de 220 millions de dollars ses estimations de recettes de primes pour les années 2001 à 2003. Terry Clarke minimise l'affaire. Il qualifie de difficile l'estimation des recettes de primes et minimise le montant en cause, environ 3% des recettes de primes non-vie des exercices concernés. L'impact négatif sur le résultat technique est de 30 millions.

Le groupe continue donc de décevoir, même si la Bourse ne réagit guère. Non seulement le déficit est lourd, mais les revenus annuels sont inférieurs de 14% aux attentes. L'abaissement de la note de Converium par les agences de rating a en effet incité des clients à mettre un terme à leur relation d'affaires. Les primes brutes plongent ainsi de 60% au dernier trimestre.

En outre, le ratio combiné (taux de rentabilité crucial dans l'assurance qui doit être inférieur à 100% pour montrer que le groupe gagne de l'argent) est de 118,2%, en hausse de 20,3 points sur un an. C'est sensiblement pire que prévu. Sans les catastrophes naturelles, ni le renforcement des réserves, il serait de 96,1%.

Au-delà des chiffres publiés, la conférence d'hier offrait surtout l'occasion d'appréhender l'avenir d'un groupe blessé, mais bien décidé à s'en sortir. Converium veut rester indépendant et n'a pas l'intention de changer de modèle d'affaires. Mais, après avoir renouvelé 63% de ses affaires non-vie, Terry Clarke doit adapter ses coûts au niveau réduit de ses recettes. Il se retire massivement du marché américain, qu'il place en «run-off» (poursuite des contrats jusqu'à leur terme, mais sans souscrire à de nouveaux), et diminue ses effectifs de 140 personnes dans le monde (-20%). La Suisse est particulièrement touchée, avec la suppression de 79 emplois sur un total de 382.

Ainsi 2005 sera une «année de transition» et 2006 «l'année de la restauration», selon son nouveau CEO. Mais, beaucoup plus important, il cherche à améliorer sa note auprès des agences de rating, afin de rétablir la confiance et attirer de nouveaux clients.