Ce sont des facteurs saisonniers qui expliquent la très légère remontée, en décembre dernier, de 2,4 à 2,5% du chômage. Mais, vendredi, le responsable du marché du travail au Secrétariat à l'économie (Seco), Jean-Luc Nordmann, s'est réjoui de présenter «des bonnes données et des bonnes perspectives» pour le marché suisse de l'emploi. «Parce qu'il est libéral, qu'il crée donc des places de travail, qu'il est flexible, qu'il y a la paix du travail et que la conjoncture économique est bonne», tous les indicateurs de l'emploi sont en effet au vert. Globalement, la Suisse comptait donc 91 041 chômeurs complets à fin 1999, soit 33 268 personnes de moins qu'un an auparavant. Avec un taux de chômage de 2,7% en moyenne annuelle pour 154 154 demandeurs d'emploi (–24% en un an) à la fin de l'année, le marché suisse de l'emploi est donc revenu là où il était en 1992.

Cette forte baisse en une année, puisque le taux de chômage est passé de 3,9 à 2,7%, n'empêche pas de fortes disparités. Ainsi, le taux de chômage des ressortissants suisses (1,7%) est aux antipodes de celui des étrangers (5,4%). Ce que Jean-Luc Nordmann explique toujours par la plus mauvaise qualification de ces derniers. De même, le taux de chômage de 4% en Suisse romande et au Tessin est le double de celui de la Suisse alémanique. Ainsi, en moyenne annuelle, Genève fait état d'un taux de 5,1% contre 2,9% pour Zurich. Le Tessin a 4,4%. Vaud est à 4,1% contre 1,9% à Berne. Le Valais (3,5%), Neuchâtel (3,9%), le Jura (2,8%) et Fribourg (2,5%) ont aussi des taux très supérieurs à la moyenne suisse ou à ceux de Lucerne (1,9%) ou Saint-Gall (2,2%).

73 000 postes créés

en deux ans

Ces disparités incitent d'ailleurs le responsable du travail au Seco à signaler que, dans les travaux de révision en cours de la Loi sur l'assurance chômage et invalidité (LACI), les experts étudient des formules de durée d'indemnisation qui pourraient prendre en compte les particularités régionales ou sectorielles des flambées de chômage. Précisément, avec les récentes décisions de licenciements collectifs qui ont touché Bally, ADtranz ou Sulzer en Suisse alémanique, on pourrait se demander si la statistique des sans-emploi ne va pas repartir à la hausse. «N'oubliez pas les multitudes de postes de travail qui sont créés dans les PME et les secteurs comme l'informatique, les télécommunications, le bâtiment et même l'hôtellerie où il y a un manque de personnel», répond Jean-Luc Nordmann. Et de souligner que 73 000 emplois ont été créés en deux ans. Autre indice réjouissant pour le haut fonctionnaire: le chômage de longue durée décroît – la moyenne est descendue de 36 semaines pendant l'été 1998 à 33 semaines l'été dernier – et il y a un net recul des arrivés en fin de droits. «Parmi ces derniers, seul un tiers disparaissent de la statistique», note-t-il. Du coup, celle-ci reflète aussi un recul dans l'activité des offices régionaux de placement (ORP). Leur personnel décroît ainsi que leurs besoins financiers (304 millions en 1999 contre 341 un an auparavant) et l'enveloppe qui est allouée aux mesures de marché du travail. En 2000, le budget qui y a été affecté sera de 506 millions contre 587 millions en 1999 et des frais de 673 millions en 1998. Dans ce contexte, le Seco entend aussi gérer plus efficacement l'efficacité des ORP. Leur travail sera jugé en fonction de la durée de recherche d'emploi, du nombre de chômeurs de longue durée, du nombre d'arrivées en fin de droits et du nombre de réinscriptions dans les quatre mois. Chaque critère devrait être le plus bas possible.

Par ailleurs, les caisses de chômage publiques et privées seront aussi évaluées selon un système bonus/malus axé sur leurs résultats. «Nous voulons introduire un certain degré de concurrence entre elles», note Jean-Luc Nordmann. Un degré de concurrence dont les effets pourraient accélérer le redressement financier du fonds de l'assurance chômage. En 1999, il aura dégagé un excédent de 910 millions contre un déficit de 330 millions en 1998. D'ici à 2003 (voir le tableau), en fonction de l'évolution positive anticipée pour le marché de l'emploi, l'assurance chômage devrait avoir remboursé les huit milliards que la Confédération et les cantons lui ont prêtés pour assurer ses prestations.

Cette année devrait aussi être celle où, selon Jean-Luc Nordmann, la révision ordinaire de la LACI devrait entrer en vigueur. Cette révision prévoit notamment un taux de cotisation ramené à 2% contre 3% actuellement. Ce taux doit permettre un financement indépendant de la conjoncture. La révision permettra de se pencher notamment sur la période de cotisation, le montant de l'indemnité journalière et la durée d'indemnisation.