En 2004, Kudelski a augmenté son chiffre d'affaires de 50%, à 619 millions de francs, et son bénéfice net de 132%, à 77,2 millions de francs. Le groupe basé à Cheseaux (VD) a bien surmonté le creux de 2002 (voir graphique) et anticipe une croissance à deux chiffres en 2005. Pour qu'elle se maintienne les années suivantes, il a consacré 29,5% de ses revenus à la recherche et au développement.

Dans son métier principal – accès payant au contenu télévisuel –, la progression du chiffre d'affaires atteint 85% et provient pour plus de moitié de l'acquisition de Mediaguard en 2003. Mais, souligne André Kudelski, la croissance organique est aussi au rendez-vous, notamment sur le marché américain, «le plus dynamique». En Europe, de nouveaux contrats ont été signés avec N9uf Telecom, second opérateur français, Telenet (Belgique) et RCS & RDS, numéro un en Roumanie. Les analystes et les investisseurs attendaient une annonce plus importante avec UPC et son portefeuille de 8 millions d'abonnés, d'où une baisse du cours de l'action mardi.

La seconde activité du groupe – accès des personnes physiques (Skidata, Accessarena, TicketCorner) – a vu en revanche son chiffre d'affaires stagner à 182,3 millions de francs (+3%) et termine l'exercice avec une perte opérationnelle de 3,7 millions de francs. Elle est en pleine réorganisation: délocalisation de la production et désinvestissement des activités secondaires pour se concentrer sur le marché «business to business». Les coûts de restructuration ont déjà été intégrés aux comptes 2004, assure la direction, et cette division devrait dégager une marge opérationnelle de 4,5 à 6 millions de francs cette année.

La conférence de presse de lundi a permis de préciser ce que sera la stratégie industrielle du groupe ces prochaines années, – très important dans un secteur soumis à une évolution technologique rapide et à forte concurrence. Ainsi, Microsoft s'alliait avec Alcatel pas plus tard que la semaine dernière (LT du 24.02.2005) pour proposer une solution logicielle commune à une trentaine d'opérateurs en train de tester la télévision diffusée par réseau internet à large bande (DSL).

Kudelski n'est pas en reste dans ce domaine, puisqu'il fournira sa solution NagraIP (pour «Internet Protocol») au français N9uf Telecom, qui lancera commercialement le mois prochain son offre de télévision payante sur réseau DSL. Aux Etats-Unis, «le public a déjà modifié la façon dont il regarde la télévision», observe André Kudelski: la vidéo à distance «à la demande», avec toute sa souplesse d'utilisation, est entrée dans les mœurs, et le groupe vaudois a mis au point pour son partenaire Echostar un décodeur mixte fonctionnant aussi bien avec Internet qu'avec un signal satellite.

Répondre à un besoin

Après avoir introduit la carte sécurisée en location, qui représentait l'an dernier un tiers des 33,9 millions d'unités mises sur le marché, la société de Cheseaux innove encore en lançant la carte à durée déterminée, que l'opérateur italien Mediaset vend en kiosque, avec succès, depuis quelques mois. Ce système, qui permet au client de regarder, par exemple, un match qui l'intéresse pour quelques francs sans alourdir son budget communications d'une facture mensuelle, semble répondre à un réel besoin et générera plusieurs millions de francs de revenus pour Kudelski au seul premier trimestre 2005.

Troisième axe: la télévision mobile. Adrienne Corboud, responsable du «business development», estime qu'un tiers des 800 millions d'unités mobiles vendues dans le monde en 2009 (téléphones, assistants personnels, etc.) seront équipées d'une nouvelle technologie dite DVB-H (diffusion vidéo digitale à basse consommation de courant) plus économique en énergie et plus efficace que l'actuel UMTS. Les études montrent que les clients seraient prêts à débourser 15 à 20 francs par mois pour visionner du contenu télévisuel ciblé de cette façon.