Luxe

Les résultats de Richemont jugés «inacceptables» par Johann Rupert

Le président du conseil d'administration du groupe de luxe genevois - et actionnaire majoritaire - s'est dit mécontent des résultats annoncés mercredi, qualifiant la situation de «fiasco»

En tout, cela aura duré 53 minutes. Il n’y a eu aucune intervention du public. Et, exceptées l’une ou l’autre petites plaisanteries lâchées par le président du conseil d’administration Johann Rupert, tout s’est déroulé comme attendu. La 28e assemblée générale du groupe de luxe Richemont s’est tenue mercredi matin à Genève. Les actionnaires ont approuvé toutes les propositions de l’ordre du jour.

Plus tôt dans la matinée, le groupe de luxe genevois qui produit notamment les montres Baume et Mercier ou les bijoux Van Cleef & Arpels avait déjà annoncé la couleur: sur les cinq premiers mois de son exercice décalé (avril-août), ses ventes ont reculé de 13% à taux de change constant (14% si l’on calcule en euros), essentiellement à cause de la chute constatée dans l’horlogerie. Les résultats détaillés du premier semestre arriveront le 4 novembre.

C’est pire que ce qu’avaient prévu les analystes. A la clôture, l’action accusait ainsi un recul de 3,6% à 57,65 francs. Sur l’entier du premier semestre, le fabricant des stylos Montblanc s’attend à voir son bénéfice opérationnel chuter de 45%.

Lire aussi: Les ventes de Richemont plongent à cause de l’horlogerie

Devant une salle clairsemée d’un palace feutré, Johann Rupert n’a pas mâché ses mots. A ses yeux, il ne s’agit de rien de moins que d’un fiasco. «Evidemment que, même si c’était attendu, pour moi, c’est inacceptable. C’est la quatrième fois que je dois me présenter devant vous avec un résultat pareil. La première, c’était en 1988 [ndlr: juste après la création du groupe]. Ensuite, il y a eu 1999-2000 et enfin 2008», a-t-il commenté. De manière énigmatique, il a ensuite promis que «la prochaine fois, ce sera quelqu’un d’autre qui sera à cette place».

«On ne peut pas battre les marchés»

Comme à chaque assemblée générale d’entreprises suisses depuis janvier 2015, un bref chapitre a été consacré au franc fort. «Le franc suisse est ce qu’il est. Docteur Jordan [ndlr: Thomas Jordan, président de la direction de la Banque nationale suisse] n’avait pas d’autres options que d’abandonner le taux plancher. On ne peut pas se battre contre les marchés», a défendu Johann Rupert. Le Sud-Africain d’origine, qui ne s’exprime que très rarement en public, a encore rappelé que Richemont ne cesserait pourtant pas d’investir dans le pays malgré ces mauvaises conditions.

Mais si forte soit-elle, la devise helvétique n’est pas l’unique source de soucis chez Richemont. Le recul global de la demande provoque des problèmes d’inventaires chez tous les détaillants du monde. Conséquence, Richemont a déjà racheté quantité de montres chez ses partenaires pour donner de l’air aux marchés. Dans le communiqué publié mercredi matin, le groupe expliquait d’ailleurs que si l’on excluait ces retours exceptionnels (essentiellement en provenance de Hongkong et Macao), «les ventes n’auraient reculé que de 10% sur la même période».

En d’autres mots: la politique de rachat d’inventaire coûte 3% des ventes du groupe. «Nos concurrents sont peu nombreux à racheter des montres, ils continuent d’envoyer de nouveaux modèles sur les marchés. Mais il faut qu’ils réalisent que ces dernières finiront sur le marché gris», a conclu Johann Rupert.

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