DJ Paul van Dyk et l’ancien chancelier Willy Brandt sourient, bras dessus bras dessous, sur les affiches géantes vantant partout au centre de Berlin l’ouverture prochaine, le 3 juin, du nouvel aéroport international Berlin-Brandebourg baptisé «Willy Brandt»… L’une après l’autre, ces affiches sont retirées du paysage urbain: la mise en service de l’aéroport, qu’Angela Merkel devait inaugurer en grande pompe le 24 mai devant 10 000 invités, a été reportée mardi sine die. Les estimations les plus optimistes tablent sur une ouverture mi-août, au lendemain des vacances scolaires de la capitale, voire fin 2012. «Berlin, déplore le ministre allemand des Finances Peter Ramsauer, ne peut se permettre un aéroport qui tombe en panne.»

La direction de l’aéroport avait dû prendre la décision de reporter l’ouverture de Willy-Brandt après la remise d’un rapport sur la sécurité mardi matin.

Le principal problème invoqué par la direction pour justifier ce nouveau retard (l’aéroport aurait dû ouvrir à l’automne dernier) concerne la sécurité anti-incendie: les 3000 portes coupe-feu de ce projet de prestige de 2,5 milliards d’euros (3,24 milliards de francs) ne fonctionnent pour l’instant que manuellement. Globalement, le nouvel aéroport est confronté à de sérieux problèmes informatiques. Portes et fenêtres mais aussi tri des bagages et check-in des passagers, testés grandeur nature au cours des derniers mois, ne fonctionnent pas correctement. Sur le chantier, les fournisseurs parlent à mots couverts de «chaos total dans la planification» et de «graves pannes de communication» avec l’architecte du projet, ­Gerkan Marg Partner, GMP.

Il y a une semaine pourtant, le conseil de surveillance du projet, présidé par le maire de Berlin Klaus Wowereit (SPD), assurait au patron d’Air Berlin, la seconde compagnie aérienne allemande, que Willy-Brandt ouvrirait comme convenu le 3 juin.

«Il nous faut maintenant prévenir tous les clients ayant déjà effectué une réservation à partir du 3 juin, et émettre de nouveaux billets», explique Myriam Ziesack, la porte-parole de la compagne Swiss, qui se refuse à estimer le montant du préjudice subi. La compagnie effectue six vols par jour entre Zurich et Berlin. «Les horaires des vols ne seront pas affectés», assure Swiss. Les clients des compagnies low-cost peuvent par contre s’attendre à des changements dans les horaires de leur vol. «La bataille pour les meilleurs horaires de décollage et d’atterrissage a déjà commencé», assure un observateur.

Avalanche de procès

Lufthansa, Air Berlin, German Wings et EasyJet sont les plus touchées par le report de l’ouverture de Willy-Brandt. Air Berlin estime, pour elle seule, à un million le nombre des passagers ayant effectué une réservation au départ de Willy-Brandt à la veille des vacances scolaires. Lufthansa entre 500 000 et un million.

A Berlin, la Chambre de commerce et d’industrie ne décolère pas: les hôtels et les 150 commerces et restaurants que comptera le nouvel aéroport avaient déjà embauché du personnel. Faute de chiffre d’affaires, tous ne pourront pas rembourser leurs crédits. Déjà les ­cabinets d’avocats spécialisés s’attendent à une avalanche de procès. Selon les estimations de la direction, chaque mois de retard coûtera au bas mot 15 millions d’euros (18 millions de francs) à la collectivité.

Willy-Brandt doit remplacer les deux aéroports actuels de la ville: Tegel, à l’ouest, et Schönefeld, à l’est, accueillent ensemble 24 millions de passagers par an. Les deux sites poursuivront leur activité jusqu’à la mise en circulation de la nouvelle infrastructure, conçue pour accueillir 27 millions de passagers.

L’aéroport Willy-Brandt, dont la construction a été décidée en 1996, cinq ans après le vote du Bundestag qui faisait de Berlin la nouvelle capitale de l’Allemagne, est une infrastructure décisive pour Berlin. Les autorités de cette ville surendettée ont opté pour un développement passant par le tourisme, les services et la culture.

Willy-Brandt doit desservir 172 destinations dans 50 pays, dont 16 nouvelles comme Los Angeles, Marseille ou Abu Dhabi. ö Les compagnies aériennes condamnées à se réinventer. Page 16