Les records de croissance depuis des décennies ont fait de la Chine la deuxième économie mondiale après les Etats-Unis. Cependant, le tigre asiatique est récemment tombé dans la crise avec des prévisions de croissance en berne, et des emprunts qui deviennent onéreux pour des entreprises dont dépend la poursuite de l’expansion. Toutefois, contrairement à d’autres économies et particulièrement aux Etats-Unis, les responsables politiques chinois ne semblent pas prêts à proposer des mesures à court terme pour stimuler la croissance.

Au cœur de la crise chinoise se niche la détermination du nouveau gouvernement à rééquilibrer la croissance vers un développement plus durable, basé sur la consommation domestique plutôt que sur les exportations et les investissements (non rentables), et à instaurer davantage de discipline économique.

Ralentissement des perspectives de croissance

A l’instar d’autres grandes économies, la Chine a déployé d’énormes ressources pour lutter contre les effets de la crise financière mondiale de 2007-2008. Comme tous les autres pays, l’empire du Milieu réalise désormais que la croissance était déjà sur le déclin avant 2007. La transition vers une économie plus mature sous-entend moins de créations d’emplois, moins de croissance de la productivité et moins de changements structurels susceptibles de faire croître durablement le produit intérieur brut au-delà d’un taux moyen de 6% à 7%. Etant donné les difficultés rencontrées par de nombreuses autres économies pour générer une quelconque croissance, ces taux semblent encore très enviables, notamment pour une économie de la taille de la Chine.

Comme prévu, la croissance annuelle du PIB chinois a ralenti au deuxième trimestre pour atteindre 7,5%, contre 7,7% au premier trimestre. Les responsables du gouvernement avaient d’ailleurs préféré ménager les attentes vis-à-vis d’un ralentissement de la croissance. Récemment, le président Xi Jinping a souligné dans un discours que les responsables ne devraient pas être jugés seulement sur leur capacité à stimuler la croissance du PIB.

Le ministre des Finances Lou Jiwei a alors annoncé qu’une croissance de 6,5% serait acceptable et que le gouvernement attendait un taux de 7% sur l’année 2013. Or la plupart des économistes avaient prévu une croissance de 7,5% pour l’année. Un niveau de croissance annuelle de 7% impliquerait un rythme d’environ 6,5% pour le second semestre. Nous risquons donc d’avoir vu la dernière croissance du PIB supérieure à 7% pour un bon moment.

Suite aux préoccupations d’une possible intensification du ralentissement de la croissance chinoise due à la faiblesse de la demande, alimentées par le déclin inattendu des exportations et des importations en juin, les dernières nouvelles économiques ont été plus encourageantes. Les dépenses d’investissement ont montré un net redressement en juillet, la première accélération de l’activité cette année. Le secteur de l’immobilier semble montrer la voie, alors que les investissements dans les infrastructures ont également accéléré. Dans des déclarations récentes, le gouvernement chinois a encouragé la poursuite des dépenses d’investissement.

Cependant, les résultats semestriels des entreprises ont révélé certaines faiblesses très importantes au sein des secteurs cycliques. Les préoccupations concernant la crise de liquidité de cet été ne sont pas non plus terminées. Etant donné que la contraction de l’offre du crédit a seulement commencé au milieu du deuxième trimestre, son impact total pourrait n’apparaître que dans la publication des chiffres du PIB du troisième trimestre en octobre.

Il est difficile de prévoir où la croissance du PIB pourrait arriver cette année. Les actions du gouvernement pour redresser les déséquilibres de l’économie sont en effet en train de créer des obstacles significatifs à la croissance. Pour aggraver encore la situation, le marché perd de plus en plus confiance dans l’exactitude des données économiques publiées.

Préoccupations concernant l’exactitude des données économiques

La décision des autorités chinoises d’arrêter de fournir les détails de leur enquête sur la confiance industrielle ajoute au sentiment de confusion dans le pays. Le fait que le gouvernement continue de peiner à normaliser les chiffres du commerce, ce qui a suscité beaucoup de commentaires et de scepticisme, constitue un autre aspect des problèmes concernant les données économiques.

En raison de la surévaluation probable des factures, les exportations avec Hong Kong ont en effet été probablement exagérées. Le gouvernement a cherché à corriger ces données au cours des derniers mois, ce qui a provoqué une chute des exportations vers Hong Kong de 10,7% en comparaison mensuelle en juin, après les baisses de 25,9% et 20,4% respectivement en mai et avril.

La devise chinoise, le renminbi, est contrôlée de près. Au cours des dernières années, Pékin a augmenté ses efforts d’internationalisation du renminbi, cruciale pour le futur développement économique du pays. Toutefois, l’idée selon laquelle le renminbi ne peut que s’apprécier vis-à-vis du dollar a été remise en cause par sa baisse récente.

Des problèmes pesant sur la volatilité mondiale

En tant que facteur susceptible de causer des problèmes significatifs aux marchés financiers mondiaux, l’incertitude liée à la Chine dépasse probablement les actions de la Fed pour réduire progressivement ses achats d’actifs, qui ont causé une volatilité accrue sur les marchés en mai.

Par ailleurs, nous doutons que les problèmes en Chine soient actuellement pleinement pris en compte par les marchés. La faiblesse de la demande chinoise et une forte hausse de l’offre pourraient par exemple entraîner encore plus bas les cours des métaux. Le ralentissement en Chine nuirait alors aux principales économies productrices de matières premières. Dans ce cadre, les devises liées à la Chine comme le dollar australien pourraient chuter encore plus bas.

Bien que la plupart des observateurs considèrent que les réformes chinoises partent d’une bonne intention, les craintes existent, notamment avec l’absence d’action immédiate dans le système financier et la possibilité de chute rapide de la croissance causant de sévères dommages à l’économie. Le problème pour le marché des actions est que les investisseurs peuvent très clairement voir les risques à la baisse de la politique du gouvernement, mais moins les bénéfices potentiels de son approche économique.

Il est difficile de dire jusqu’où le gouvernement pourra accepter une plus faible croissance à court terme dans la poursuite de ses objectifs à long terme. Le marché pourrait interpréter la faiblesse récente des données économiques comme une incitation pour les responsables chinois d’apporter un stimulus à une économie en ralentissement. Mais nous n’y croyons pas étant donné la réticence précédente des dirigeants à stimuler leur économie.