Jean-Luc Favre, directeur général d'ABB Sécheron SA, affiche un large sourire. Aujourd'hui, nous prouvons que la disparition de l'industrie à Genève n'est pas une fatalité, explique-t-il. Nos résultats 2002 sont vraiment encourageants pour l'avenir.» Lors de sa conférence de presse annuelle dans les locaux de la zone industrielle de Meyrin-Satigny (Genève), ABB Sécheron a présenté un chiffre d'affaires 2002 de 80 millions de francs, en progression de 14% par rapport à l'exercice précédent. Mais ce qui réjouit particulièrement le patron savoyard de la filiale d'ABB Suisse, c'est l'envolée des commandes: pour l'année 2002, elles se montent à 136 millions de francs, soit une hausse de 31% par rapport à 2001. D'après la direction de l'entreprise genevoise, ces commandes – échelonnées dans l'avenir – devraient permettre à la société de franchir la barre des 100 millions de chiffre d'affaires en 2004, c'est-à-dire de revenir à un volume de travail similaire à celui du début des années 90, avant qu'ABB Sécheron ne connaisse une période de vaches maigres.

La société bénéficie aujourd'hui pleinement de l'attrait exercé par le transport ferroviaire. «En Europe, ce marché enregistre une croissance annuelle de 6%», souligne Jean-Luc Favre. Les politiques publiques favorisant le rail et le renouvellement des infrastructures ont un impact direct sur ABB Sécheron. En effet, l'entreprise est devenue le centre mondial pour la production de transformateurs de traction (un instrument qui permet de convertir l'énergie électrique nécessaire à propulser les trains) et les équipements de moyenne tension des chemins de fer (les installations fixes du réseau), ceci pour l'ensemble du groupe ABB. A titre d'exemple, la société a décroché un contrat de 17 millions de francs pour l'alimentation du tunnel de base du Lötschberg (dans le cadre de la Nouvelle Ligne ferroviaire alpine). A l'étranger, ABB Sécheron équipe en transformateurs ferroviaires des trains de la région de Stockholm, de la Deutsche Bahn et de la SNCF.

«Il a fallu se battre pour imposer le site genevois au sein du groupe ABB», rappelle Jean-Luc Favre, qui n'oublie pas que, quelques années auparavant, ABB Sécheron a presque frôlé la disparition. En effet, suite aux réorganisations successives du marché électrique helvétique, l'entreprise a perdu des parts de marché considérables, synonymes de licenciements. La société est ainsi passée d'environ 300 employés au début des années 90, à 210 employés aujourd'hui. Elle doit son redéploiement actuel à son nouveau positionnement dans le secteur du rail décidé en 2001. Cela va-t-il se traduire par un recrutement de collaborateurs? «Pas dans l'immédiat, indique le directeur général. Mais mon rêve serait de pouvoir engager de nouveaux employés en 2004 ou 2005.»

Au niveau d'ABB Suisse, les résultats 2002 ne seront connus que fin février. Selon les premières estimations, ils devraient aussi démontrer une amélioration par rapport à l'exercice 2001. Le groupe, qui emploie 7100 personnes en Suisse, avait alors enregistré un chiffre d'affaires de 2,7 milliards de francs. Cette situation contraste avec les déboires que connaît la multinationale au niveau mondial. Suite aux différentes plaintes liées à l'amiante, ABB se débat actuellement avec de sérieux problèmes financiers. Pour l'année 2002, l'endettement du groupe ne devrait plus être «que» de 2,6 milliards de dollars. Et son programme de restructuration destiné à économiser 800 millions de dollars et à se focaliser sur ses activités essentielles va conduire la multinationale à se séparer de nombreux collaborateurs. A terme, ABB ne comptera plus que 106 000 employés, contre 146 000 aujourd'hui encore.