Les présentations de résultats se suivent et ne se ressemblent pas chez Rieter. Alors que la société, qui fabrique des machines textiles et des équipements automobiles, annonçait en avril un recul du bénéfice net et du chiffre d'affaires, elle était enfin en mesure, vendredi, de confirmer, mieux, de dépasser les attentes positives des analystes. Parmi ces derniers, Arnaud Girardin de Lombard Odier & Cie, affiche sa satisfaction: «Les résultats sont très bons. Ils démontrent que la qualité de la société, très au-dessus de la moyenne, est à la hauteur de ce qu'elle fut par le passé.» Ainsi, le chiffre d'affaires brut pour les six premiers mois de l'année a progressé de 20% par rapport à la même période de 1999, à 1,416 milliard de francs. Le bénéfice net a même grimpé de 57% à 82,6 millions et le bénéfice opérationnel de 76%, à 104,3 millions. Des résultats largement supérieurs aux prévisions de la banque Pictet & Cie et de la banque Leu à Zurich.

Aujourd'hui, la société détenue à près de 30% par le groupe BZ de Martin Ebner, réalise l'essentiel de ses ventes dans le secteur de l'automobile. Ces dernières s'affichent pour le premier semestre à 941 millions de francs (+15%), un chiffre deux fois plus élevé que celui du textile (469 millions de francs, +31%). Cette diversification est particulièrement heureuse en période creuse puisqu'elle atténue les mauvais résultats enregistrés par une industrie aussi cyclique que le textile. En 1999, par exemple, seule la sous-traitance pour le secteur automobile gagnait de légères parts de marchés pendant que le chiffre d'affaires dans le textile baissait de 24%.

Durant les six premiers mois de cette année en revanche, c'est surtout le secteur textile qui a dopé les résultats de Rieter, remarque Dieter Haas, analyste auprès de la banque Leu. Sur les 469 millions de vente, 57 sont redevables à l'intégration dans les comptes, depuis le 1er mai, de la société française ICBT, spécialiste des fibres absorbantes. Active dans la fabrication de produits textiles non tissés, ICBT a été rachetée en avril. C'est notamment grâce à elle que les effectifs ont crû de près de 400 personnes à 11 900 dans le monde entier durant le premier semestre par rapport aux six premiers mois de 1999. Cette acquisition a également eu un impact favorable sur le bénéfice opérationnel avant intérêts et taxes du textile qui s'établit à 41,2 millions de francs (+497%).

Mais ces excellents résultats sont également redevables à un bon contrôle des coûts – entre autres par la suppression de 1000 postes dans le monde entre août 1998 et août 1999 – et au retournement de tendance sur le marché mondial des machines de textile depuis le milieu de l'année dernière, notamment en Asie, dont la crise a longtemps pénalisé les affaires de Rieter très présent sur ce continent. «Le marché s'est repris mais ces résultats confirment aussi que Rieter est le seul groupe qui a réussi à traverser une période difficile en maintenant une rentabilité raisonnable.

Peu après la diffusion de ces résultats, l'action a gagné 12 francs à 609 francs. En fait, le titre grimpe constamment depuis le mois d'avril (voir l'infographie). Explication: depuis le retour d'une forte croissance dans le monde, ces résultats étaient attendus. Selon Arnaud Girardin, Saurer, un autre grand groupe actif dans les machines textiles, devrait également présenter de très bons chiffres sur huit mois dans le textile, mais avec une marge sans doute inférieure en raison de restructurations plus compliquées à mettre en œuvre que chez Rieter. Le reste de l'année s'annonce bien chez ce dernier. La division textile devrait continuer de croître fortement tandis que le secteur auto devrait légèrement fléchir en raison d'une baisse attendue de la production de véhicules en Europe de l'Ouest et aux Etats-Unis.