A force de faire pression sur le gouvernement, les propriétaires des groupes bancaires brésiliens ont obtenu raison. La Banque centrale oppose son veto à l'implantation d'enseignes étrangères évoluant dans le détail. Et celles déjà en fonctionnement sont interdites d'étoffer leur réseau d'agences. Cet «ostracisme» se prolongera jusqu'à la fin 2001, quand sera conclue la privatisation de sept établissements.

L'inquiétude des banquiers brésiliens grandit au fur et à mesure qu'approche la vente de Banespa, le 12 mai. Son contrôleur, le gouvernement fédéral, donne l'impression de retourner sa veste: le président Cardoso n'a-t-il pas signé en décembre un décret autorisant l'acquisition par des étrangers de 100% de la Banespa? Mais pas question, pour les grandes familles à la tête des principaux groupes financiers du pays, de voir la 6e banque brésilienne (actifs de 20 milliards de francs) passer dans «le camp ennemi».

Fernão Bracher, président de la banque d'investissement BBA, dont l'Autrichien Creditanstalt possède 40% du capital, a déclaré: «Notre pays ne s'est pas effondré lors de la dévaluation du real (janvier 1999), car les grandes banques étaient contrôlées par des Brésiliens. Si elles l'avaient été par des étrangers, elles auraient refusé de recycler la dette externe brésilienne.» Fernão Bracher et ses pairs citent souvent le cas de l'Argentine, où seule une grande banque, Galicia, est de capital national.

Selon un article publié le 27 mai par la Gazeta Mercantil, «les institutions financières étrangères possèdent 60% du patrimoine des dix principales banques au Brésil».

Y. Le H.