Le retour de la gestion alternative

Cinq ans après la crise, les hedge funds recommencent à convaincre

Cinq ans après la débâcle du système financier international, l’industrie alternative semble enfin être entrée dans un cycle plus sain et avoir retrouvé la confiance. Depuis plusieurs mois, les performances sont bonnes, en particulier dans les stratégies opérant dans les marchés actions.

Pour certains gérants, 2013 a même été une excellente année, la meilleure depuis 2009. Certes, les éternels détracteurs diront qu’il n’y a pas lieu d’être euphorique en comparaison de la performance des marchés actions américains ou même européens. Mais il faut reconnaître, à la défense des hedge funds, que ces mêmes pessimistes les comparent constamment à la meilleure classe d’actifs du moment. Il est d’ailleurs frappant de constater comme ils sont étrangement silencieux depuis le début de l’année, alors que les hedge funds surperforment les indices et gagnent même de l’argent en janvier dans des marchés baissiers.

Cela dit, l’objectif principal est la performance ajustée du risque sur le long terme et non pas de battre la meilleure classe d’actifs du moment. Les investisseurs dans la gestion alternative l’ont bien compris. Pour preuve, les flux sans cesse plus importants vers ces techniques de gestion semblent indiquer que les investisseurs institutionnels et privés plébiscitent toujours plus ces stratégies, qui offrent décorrélation et diversification.

Ce dans un contexte où les perspectives et les fondamentaux semblent prometteurs pour de nombreuses stratégies de hedge funds. Les restructurations économiques, financières et réglementaires de l’industrie alternative ayant de surcroît créé de bonnes bases pour aller de l’avant sereinement.

La faiblesse des taux d’intérêt, la forte revalorisation des actions et la sous-couverture de certains fonds de pension encouragent les investisseurs institutionnels à repenser leurs allocations et à chercher des sources de revenus et de croissance alternatives. Les hedge funds sont d’ailleurs moins considérés comme une classe d’actifs à part entière, mais plus comme des stratégies de diversification ou des techniques de gestion intégrées directement dans les poches traditionnelles actions et obligations.

Selon Credit Suisse, l’industrie des hedge funds devrait croître encore plus vite cette année, avec une croissance moyenne de 12%, pour atteindre pratiquement 3000 milliards de dollars. Soit un plus haut historique. Mais il faut reconnaître que le gros des flux se fait aux Etats-Unis et en Asie. Les investisseurs européens étant encore, pour certains d’entre eux, refroidis par les problèmes de liquidité de 2008 ou obnubilés par les niveaux de frais.

Les stratégies «Long Short Equity» (pariant sur la hausse et la baisse des actions) et «Event Driven» sont celles qui ont le plus récolté de fonds et offert la meilleure performance en 2013. Elles devraient logiquement continuer à être privilégiées par les investisseurs. Après cinq ans de hausse, les marchés actions se sont bien revalorisés et les investisseurs ont intérêt à prendre en compte la dimension «short» comme vecteur de performance additionnelle dans des marchés plus volatils. L’augmentation de la dispersion sera également une source de performance pour les «long short» actions.

En ce qui concerne l’«Event Driven» et les stratégies qui gravitent autour des événements touchant à la vie des entreprises, l’année 2014 devrait également être un très bon cru. Les cycles de fusions et acquisitions ont généralement trois à cinq ans de retard par rapport aux actions et le second trimestre 2013 a marqué un point d’inflexion dans le régime des fusions acquisitions. Le retour de la confiance, le niveau de cash important des entreprises et le besoin de croissance externe va donc soutenir le nouveau cycle de fusions et acquisitions. Enfin, le contexte actuel qui va dans le sens d’une meilleure gouvernance est également beaucoup plus favorable aux stratégies activistes qui devraient inciter les directions des sociétés à optimiser leur structure de capital en faveur de l’actionnaire (rachat d’actions, spin-off, fusions…).

Ce regain d’appétit des investisseurs institutionnels va également profiter aux stratégies de niche comme les obligations catastrophes ou titres liés aux assurances (ILS) qui sont capables d’offrir une bonne alternative à la poche obligataire dans un environnement de taux extrêmement bas. D’ailleurs, les sondages confirment un certain intérêt pour les ILS de la part des institutionnels. Gérées par des experts (réassureurs, etc.) et utilisées avec modération dans un portefeuille de taux, ces stratégies peuvent apporter diversification, décorrélation et un rendement intéressant (entre 5 et 10% par année). Plus largement, c’est toute la gestion alternative qui devrait profiter de cette dynamique, private equity inclus.

*Alexandre Poisson, CAIA, directeur institutionnel Banque Pâris Bertrand Sturdza