L'ennemi économique numéro un est de retour. Corrigé des variations saisonnières, l'indice des prix à la consommation américain a augmenté de 0,7% en mars après une hausse de 0,5% en février, ce qui représente un pic depuis onze mois, a annoncé vendredi le Département du travail. La réaction des marchés financiers ne s'est pas fait attendre. Dans la crainte d'un relèvement des taux de la part de la Réserve fédérale américaine (Fed), le Dow Jones Industrial a perdu 5,64% % et le Nasdaq a continué sa chute libre

(-9,71%). Epargnées jusqu'à présent par les interventions de la Fed, les valeurs de la Nouvelle Economie sont maintenant beaucoup plus sensibles aux aléas conjoncturels. L'annonce de résultats en dessous des attentes (Motorola et Biogen) avait déjà fait trébucher le Nasdaq cette semaine. Dans ce climat délétère, une mauvaise nouvelle secoue fortement les Bourses et accélère la chute. Les derniers chiffres des prix à la consommation ont donc eu l'effet d'un tremblement de terre. Fissuré sur ses bases, le Nasdaq risque jour après jour l'effondrement. On savait les pressions inflationnistes importantes, mais le plus inquiétant est que l'indice de base (core rate) qui exclut l'alimentation et l'énergie et qui compte pour 55% dans le poids total a progressé de 0,4%. Il s'agit là du bond le plus spectaculaire depuis cinq ans. Ces deux chiffres sont largement au-dessus des prévisions des analystes. Une fois la variable «prix du pétrole» neutralisée, le scénario d'une inflation nourrie par des tensions sur le marché du travail commence à prendre le dessus. Les entreprises rencontrent de plus en plus de difficultés à recruter du personnel, les salaires nominaux sont tirés vers le haut. La hausse des prix des transports (+2,5%), l'habillement (+0,6%), le tabac (+1,1%), l'immobilier (+0,4%) et les services médicaux (+0,5%) sont à la base de ce mécanisme tant redouté par la Réserve fédérale américaine (Fed). Sur l'année, les prix à la consommation ont augmenté de 3,7% et les prix de base de 2,4%. Les coûts de l'énergie, qui ont compté pour près de la moitié de la hausse de l'indice des prix à la consommation en mars, ont fait un bond de 4,9% le mois dernier et les prix de l'essence à la pompe de 11,1%.

Resserrement monétaire

Avec une croissance économique de 7,3% en glissement annuel lors du dernier trimestre, les premiers signes de surchauffe étaient clairement visibles. Selon Lawrence Meyer, gouverneur à la Fed, «l'économie des Etats-Unis a dépassé sa vitesse de croisière de 1% ces derniers mois».

Les inquiétudes d'un resserrement de la politique monétaire de la part de la Banque centrale lors de sa prochaine réunion sont ainsi justifiées. La Fed est déjà intervenue à cinq reprises depuis le mois de juin 1999. En augmentant son taux interbancaire, elle rendrait l'investissement plus cher et refroidirait ainsi bon nombre de secteurs en suractivité du pays. Nombreux sont les analystes qui s'attendent à un tour de vis monétaire sec et brutal. Vu l'ampleur et la persistance des pressions inflationnistes, une augmentation des taux d'un demi, voir d'un point n'est pas à exclure. L'atterrissage en douceur tant attendu est de plus en plus improbable.

Cette hausse des prix à la consommation a surpris tous les opérateurs. Le marché obligataire qui est très sensible à la variation de cet indice a été victime de vives tensions. Le rendement sur les émissions des bons du Trésor à 30 ans (T Bonds), qui évolue à l'opposé du prix, est ainsi remonté à 5,84% tout de suite après la publication de ces statistiques contre 5,79% jeudi à la clôture.