La chronique des changes

Retour vers le futur pour le dollar

Jusqu’à vendredi dernier, le marché des changes se demandait encore si la reprise aux Etats-Unis serait suffisamment forte ou si l’environnement de marché serait assez favorable pour que la Réserve fédérale relève ses taux.

Ces deux questionnements émanaient notamment de la publication en janvier d’une série de faibles données économiques secondaires aux Etats-Unis, couplés à la chute des prix du pétrole et la vigueur du dollar (USD). Le marché a donc à nouveau reporté sa prévision de première hausse des taux aux alentours de la séance du Federal Open Market Committee (FOMC) de septembre.

Le rapport sur l’emploi aux Etats-Unis, paru vendredi dernier, a changé la donne. Notons en premier lieu la publication des chiffres de l’emploi salarié non agricole en janvier, attestant la création de 257 000 nouveaux emplois au cours du mois, soit près de 30 000 emplois de plus que prévu. Et ce n’est pas tout: les chiffres de l’emploi salarié de novembre et décembre traduisent une hausse de près de 150 000 nouveaux emplois de plus que les estimations initiales. Dans les statistiques de l’emploi aux Etats-Unis, le mois de novembre dernier figure ainsi parmi les meilleurs crus de ces vingt dernières années. Par ailleurs, la forte augmentation des salaires horaires et la révision à la hausse des faibles données salariales de décembre ont dissipé les craintes d’un ralentissement de la croissance des salaires dans le pays.

Le marché ignore les excellents chiffres en provenance des Etats-Unis à ses propres dépens, trop occupé à lorgner sur les politiques des autres banques centrales. Peut-être suppose-t-il que la folle expérience d’expansion de la monnaie centrale menée par la Banque du Japon, l’arrivée d’un assouplissement quantitatif (QE) en Europe après une longue attente et les récentes baisses de taux en Australie et au Canada empêchent la Fed de rehausser ses taux?

C’est d’ailleurs une réflexion tout à fait compréhensible. Après tout, le dernier relèvement des taux orchestré par la Fed date d’il y a presque neuf ans. Le pari en faveur d’une Fed austère n’a pas payé. Mais la hausse des taux arrivera. Si l’emploi progresse fortement aux Etats-Unis en février, nous pensons que le FOMC commencera à suggérer un relèvement à l’occasion de sa séance de juin. En outre, la Fed ne semble pas comprendre à quel point le resserrement des taux deviendra urgent si le marché de l’emploi poursuit sa reprise au rythme actuel.

Quant au marché, il se méprend encore davantage sur les répercussions pour le dollar. Il me semble que le rebond du dollar est totalement réamorcé. Le FOMC se soucie davantage de son double mandat à domicile – plein emploi et maîtrise de l’inflation – que du statut de monnaie de réserve du dollar. Or, le resserrement de la liquidité en dollar après la fin du QE et les hausses de taux qui suivront risquent d’exercer une pression énorme sur les marchés émergents et la Chine.

* Analyste et stratège en devises auprès de Saxo Bank