La déclaration diffusée jeudi matin par le petit Etat du Liechtenstein a déclenché une cascade de réactions à travers toute l’Europe. D’Andorre à l’Autriche, tous les pays concernés par le secret bancaire ont pris position en cours de journée. Le gouvernement de la principauté reconnaîtra les normes de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en matière de transparence et d’échange d’informations en lien avec la fiscalité. «Coopération», «transparence» et «échange d’informations» ont été les maîtres mots de la conférence de presse qui s’est tenue jeudi à Vaduz.

Mis sous pression depuis plusieurs années, le minuscule Etat confiné entre l’est de la Suisse et la frontière autrichienne figure sur la liste noire des pays «non coopératifs» de l’OCDE depuis 2000. L’an dernier, le scandale financier impliquant plusieurs dirigeants allemands a encore accru la pression sur la principauté.

Concrètement, le gouvernement du Liechtenstein propose aux Etats intéressés de conclure des accords bilatéraux de coopération portant sur les cas de fraude mais aussi d’évasion fiscale. Des discussions débuteront dès aujourd’hui avec l’Allemagne. La Grande-Bretagne suivra en avril, a indiqué Klaus Tschütscher, futur chef du gouvernement de la principauté.

En étendant son entraide à l’évasion fiscale, le Liechtenstein propose une collaboration qui va bien au-delà de celle offerte par la Suisse. Jusqu’ici, la Confédération ne garantit l’entraide juridique qu’en cas de fraude fiscale.

Jeudi, le Département des finances n’a pas réagi à la déclaration effectuée par le Liechtenstein. Hans-Rudolf Merz, ministre des Finances, a indiqué avoir pris connaissance de cette déclaration mais il ne s’exprimera sur ce thème que ce vendredi, au terme de la séance hebdomadaire du Conseil fédéral. Interrogé par la TSR jeudi, il a toutefois concédé que «la situation pourrait devenir plus difficile pour la Suisse». De son côté, l’Association suisse des banquiers (ASB) a réitéré hier son opposition à un échange systématique d’informations. Signe de la nervosité ambiante, l’ASB a annulé son traditionnel point de presse prévu justement aujourd’hui, évoquant «des raisons liées à l’actualité». Economiesuisse, pour sa part, rappelle que notre pays est dans une situation différente de celle de la principauté, car celle-ci figure déjà sur la liste noire de l’OCDE.

A noter que les rumeurs récentes évoquant la possibilité d’inscrire la Suisse sur une «liste noire» ne se rapportent pas à celle établie par l’OCDE – qui inclut aussi des Etats comme Andorre ou Monaco – mais à une prochaine liste qui sera dressée par le G20 en vue de son sommet du 2 avril prochain.

Qu’espère le Liechtenstein en échange des concessions offertes? En se conformant aux normes de l’OCDE, la principauté veut assurer la sécurité juridique de sa place financière, tout en préservant la protection de la sphère privée et du secret bancaire. «Notre secret bancaire sert depuis toujours à la protection légitime de la sphère privée des citoyens. Nous tenons à ce principe. Nous voulons toutefois nous engager à ce que le secret bancaire ne puisse pas être utilisé de manière abusive pour faciliter la criminalité fiscale», nuance le chef du gouvernement, Otmar Hasler. Qu’en est-il de l’argent non déclaré? «Les banques et les sociétés fiduciaires sont encouragées à soutenir les démarches de leurs clients si ceux-ci souhaitent rendre public les éventuelles sommes non déclarées», ajoute Klaus Tschütscher.

Alors que la Suisse s’enfermait dans le silence, les annonces se sont succédé hier après-midi en Europe. Andorre a indiqué vouloir lever son secret bancaire d’ici à novembre 2009. La Belgique va, elle, supprimer son secret bancaire dès l’an prochain avec les autres pays de l’Union européenne d’abord, puis le fera progressivement avec d’autres Etats. L’Autriche, qui dispose aussi d’une forme de secret bancaire, n’envisage pas d’assouplir sa position sur ce point. Le Luxembourg n’a, lui, pas reprécisé sa position.

En vue du sommet du G20, Nicolas Sarkozy a tenu hier un discours sans ambiguïté dans une déclaration commune publiée à l’issue d’un conseil des ministres franco-allemand à Berlin. «On ne reproche à aucun pays d’avoir des taux de fiscalité très bas. Mais la règle, c’est de dire d’où vient l’argent et ce qu’ils en font», a-t-il déclaré. «Renoncer au secret bancaire va dans le bon sens, cela ne veut pas dire renoncer à la protection de la vie privée», a ajouté le président français.