Le contraste est frappant. Credit Suisse souffre de nombreux problèmes financiers, comme le montrent les affaires Greensill et Archegos. En bourse, l’action a présenté la pire performance des titres du SMI au premier semestre. Mais les séries de mauvaises nouvelles ont aussi une fin.

Credit Suisse présente le taux de couverture de ses engagements de retraites le plus élevé des 30 plus grandes sociétés cotées suisses (les membres de l’indice SLI), selon une étude de Willis Towers Watson publiée jeudi. Ce taux mesure le rapport entre la fortune de la société au bilan et ses engagements pour les retraites. Il atteint 113,4% en 2020 pour Credit Suisse, lequel devance UBS (112,7%), Swiss Re (100,5%) et Partners Group (97,3%).

L’effet des exigences de fonds propres

Pour son évaluation, le consultant Willis Towers Watson se penche sur les comptes consolidés. Il s’intéresse donc à l’ensemble des filiales, suisses et étrangères, sur la base des normes comptables internationales (IAS). Le classement ne porte donc pas sur la situation de la caisse de pension basée en Suisse.

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Le résultat des banques peut toutefois paraître étonnant. Pour Peter Zanella, coauteur de l’étude, «les grandes banques sont en tête du tableau en raison de leurs fonds propres élevés et de leurs efforts afin de réduire les risques pris par l’entreprise dans le financement des retraites». La nécessité de répondre aux exigences de fonds propres s’est traduite par une meilleure couverture des risques de retraites. Les assurés de la grande banque devraient en profiter. Un taux de couverture élevé se traduit en général aussi par des conditions de retraite supérieures, selon Peter Zanella.

Pour l’ensemble des 30 sociétés analysées, le taux de couverture moyen s’élève à 84% en 2020, contre 85% l’année précédente. Les différences sont toutefois considérables entre les groupes, puisque le taux se limite à 32,8% pour Kuehne + Nagel, dû à la prépondérance de ses activités en Allemagne. Chez nos voisins, le système de capitalisation est moins répandu qu’en Suisse. D’ailleurs, le taux de conversion des membres de l’indice des actions allemandes (DAX) n’est en moyenne que de 65%, selon Willis Towers Watson.

Swiss Life est avant-dernier du classement, avec 57,1%, parce que, selon Peter Zanella, «elle emploie des normes comptables différentes».

La situation des entreprises suisses dans le financement de leurs retraites est dans l’ensemble favorable, mais elle est moins bonne que celle des grands groupes américains (90% de couverture).

Amélioration en vue

L’étude montre aussi que «les principaux paramètres de la prévoyance professionnelle ont très probablement fini de se détériorer pour les groupes suisses», déclare Peter Zanella.

Le système de retraite dépend fortement de l’évolution des taux d’intérêt. Sur ce plan, deux points clés sont observés à ce sujet.

Premièrement, le rendement des obligations souveraines est en train de remonter. De moins en moins de pays offrent des rendements négatifs.

Deuxièmement, l’écart entre les rendements des obligations d’entreprises et celui des Etats a tellement diminué qu’un changement de tendance est probable, de l’avis de Willis Towers Watson. «Les taux techniques ont touché leur plus bas et devraient s’accroître», estime Peter Zanella. Le taux technique est primordial dans le domaine de la prévoyance parce qu’il sert à évaluer les capitaux de prévoyance des rentiers. Plus ce taux est élevé et plus la caisse de pension peut offrir un taux de conversion (le taux auquel l’avoir de vieillesse est converti en rentes) élevé.

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Comme les attentes d’inflation des entreprises pour les dix prochaines années ont été revues à la hausse, les espoirs de taux sont aussi revus à la hausse. En un an, les perspectives de hausse des prix sont passées de 0,2% par an à 1% par an. Les sociétés étudiées s’attendent à obtenir des rendements négatifs de la part des obligations (-0,3% par an). La performance négative des placements pénalise la fortune, mais elle a par contre l’avantage de réduire la valeur des engagements au bilan des sociétés, donc celle des retraites.

Les caisses de pension des grands groupes ont commencé à réduire leur allocation obligataire (46% en 2020, contre 48% en 2019). Mais elles continuent à sous-pondérer les actions (29% en 2020 contre 28% en 2019) et l’immobilier (12%, contre 11%).