Le chiffre pèse lourd. Chaque année, l’Etat français consacre 320 milliards d’euros (342 milliards de francs) au financement de son système de retraites par répartition, en vigueur depuis la Seconde Guerre mondiale. Soit près de 15% de son produit intérieur brut de 2400 milliards d’euros et six fois le montant de son déficit public (59,6 milliards d’euros en 2018).

Autant dire que la conférence de financement sur la réforme des retraites, ouverte le jeudi 30 janvier par le gouvernement, est un enjeu économique majeur dans un pays dont la dette publique dépasse les 100% du produit intérieur brut, particulièrement vulnérable à une possible remontée des taux d’intérêt.

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Assurer un financement pérenne

Comment, dans ces conditions, assurer un financement pérenne du paiement des pensions, dans une France vieillissante qui comptera 67,5 millions d’habitants en 2030 (contre 66 millions en 2019), dont 19,7 millions de plus de 60 ans en 2030 (contre 12,6 millions aujourd’hui, soit une hausse de 56%)? C’est à cette question que les syndicats et le patronat sont supposés répondre avant le mois d’avril.

A la suite des grèves de ces dernières semaines, l’Etat a en effet accepté de confier aux partenaires sociaux les clés du coffre, tandis que le débat parlementaire accouchera, lui, avant l’été, du nouveau cadre législatif, à savoir la mise en place d’un système universel à points pour remplacer l’actuel et la quarantaine de régimes spéciaux (surtout réservés aux fonctionnaires) qui le caractérisent.

Sur la table de négociations? Le rapport rendu en novembre 2019 par le Conseil d’orientation des retraites. Selon cet organisme public, si rien ne change, le déficit des retraites s’établira entre 7,9 milliards et 17,2 milliards d’euros par an.

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Vers un second pilier de retraite par «capitalisation»?

Pour l’exécutif, cette cascade de chiffres exige de limiter les dépenses et d’ouvrir progressivement la voie à un second pilier de retraite par «capitalisation». C’est pour cela que le premier ministre, Edouard Philippe, avait, malgré les réticences de l’Elysée, imposé dans sa première version du projet de loi un nouvel âge «pivot» de départ à 64 ans, destiné à allonger la durée moyenne de cotisations, même si l’âge légal de départ à 62 ans demeure en place.

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La colère de la rue et les blocages dans les transports l’ayant forcé à reculer, l’équation est revenue à la case départ. La conférence de financement doit, en trois mois, trouver des solutions «permettant d’atteindre l’équilibre financier en 2027». Or là, le grand écart demeure. Les patrons ne veulent pas entendre parler de cotisations supplémentaires pour les entreprises. La CGT plaide pour d’hypothétiques augmentations de salaire «afin d’augmenter mécaniquement le volume des cotisations». La CFDT réformiste et ses alliés veulent puiser dans le fonds de réserve, sorte de fonds souverain créé en 2001. Des réponses à chaque fois incomplètes, économiquement discutables et parfois contradictoires.

Conséquence? L’Etat pourrait, comme il l’a fait à propos de l’assurance chômage, devoir reprendre la main en cas d’échec des discussions. L’on saura alors si la capacité de la France à se réformer sans creuser toujours plus le trou des dépenses publiques est un mythe ou une réalité.