Deuxième année d'enseignement. Première classe de garçons. Ils sont impressionnants. Tous plus grands que moi. Agés de 15 à 18 ans. J'entre en classe. Je tremble, j'ai peur. Ils le sentent. Et jusqu'à Noël, j'aurai des maux de ventre chaque fois que je devrai donner mon cours le lundi après-midi.

Comme je n'arrive pas à retenir leur attention longtemps, j'ai décidé de leur donner un cours pendant une heure, puis je leur montre une cassette vidéo. Aliénation ou pédagogie? Seule compte ma santé nerveuse. Je m'applique pour trouver des sujets qui puissent les intéresser: la conquête spatiale, la guerre du Vietnam, Louis Pasteur… Ils crochent, cependant leur concentration est courte. Quinze minutes peut-être. Après ce laps de temps, ils finissent généralement par s'apostropher.

Aujourd'hui, nous parlons de la condition sociale des mineurs en France au temps de Germinal. Je commence par leur lire des passages extraits du roman, puis je les interroge sur la signification de certains termes techniques: coron, abattage, criblage, chevalement, beffroi… Soudain, ce sont eux qui me questionnent. Les questions fusent. Je me sens flattée. Enfin ils s'intéressent à la matière que j'enseigne.

– Madame, on a encore une question. Pouvez-vous écrire la réponse au tableau? Je m'exécute.

A la troisième question je réalise leur manège. Ils me font écrire au tableau pour reluquer mes fesses. Pourtant j'ai mis des jeans. Mais justement, les jeans, c'est sexy. Un collègue me confirme ensuite ce pressentiment. Les sales mômes lui ont dit qu'ils me demandaient d'écrire au tableau pour voir mon cul.

Dorénavant, avec les classes de garçons, j'écris au rétroprojecteur.

* Cette chronique paraît dans le dernier numéro de chaque mois, en alternance avec le Livre de la semaine.