C'est par un heureux hasard que Robert Barth, un étudiant en droit à l'Université de Zurich, obtient la recette du futur Rivella. En 1950, la veuve d'un médecin de Zoug hérite d'une recette de boisson au petit lait et propose à un jeune homme de vendre la formule aux Américains. Le plan échoue, mais la curiosité de Robert Barth, le frère de l'émissaire envoyé aux Etats-Unis, est piquée au vif. A 28 ans et à la veille de terminer ses études de droit, il délaisse les lois et la jurisprudence pour se plonger dans le monde de l'expérimentation. Il installe un petit laboratoire dans sa salle de bains et effectue les premiers essais. Ignorant tout des principes de la chimie, Robert Barth approche le directeur de l'Institut des techniques du lait à Zurich, Hans Süsli, et en fait son partenaire.

Au printemps 1951, l'entreprise Milkin Institut Robert R. Barth lance la commercialisation d'une boisson au sérum lactique, aromatisée aux extraits d'herbes et de fruits. Les premières bouteilles sont remplies dans un ancien commerce de vins de Stäfa. Une année après, le père et les frères de Robert prennent une participation dans l'entreprise qui change de nom. Ce sera Rivella, de l'italien «rivelazione» (révélation). La famille Barth, qui feuilletait l'horaire des CFF, avait d'abord choisi Riva San Vitale, du nom d'une station tessinoise sur les bords du lac de Lugano. Le nom sonne bien, mais des raisons juridiques empêchent de l'adopter.

Tentative de boycott

Dans les locaux de Stäfa, une petite équipe de 14 personnes s'active. Les clients se recrutent seulement à Zurich et sur la rive droite du lac. Mais la renommée du breuvage dépasse bientôt les frontières zurichoises et commence à faire des jaloux. L'Association des sources minérales suisses interdit aux dépositaires de boissons d'incorporer le Rivella dans leur assortiment. Toujours épris de justice – il a finalement terminé ses études de droit –, Robert Barth s'insurge contre cette tentative de boycott et publie une lettre ouverte. Un élan de sympathie se crée dans le public, suivi pour Rivella d'une publicité inespérée.

Les installations de Stäfa ne suffisent bientôt plus pour suivre la cadence des ventes. Un déménagement s'impose, et Rivella s'installe en 1954 à Rothrist, dans la campagne argovienne. En une année, les ventes ont explosé. Alors que l'entreprise a vendu 160 000 litres en 1953, ce sont 1,3 million de litres qui sont écoulés, en 1954, dans la nouvelle usine de Rothrist. Les affaires internationales démarrent en 1957 par la signature d'un contrat de licence avec CCF, un fabricant néerlandais de lait condensé et de crème à café. Aujourd'hui, les Pays-Bas demeurent le principal marché d'exportation de Rivella, devant l'Allemagne, la France et le Luxembourg.

Robert Barth ne cesse d'innover, et sa marque fait ses débuts dans la publicité avec les «Rivella-Mannlis» (petits bonshommes). Il lance en 1959 le Rivella bleu, pauvre en calories, et s'affiche du même coup comme le précurseur des boissons «light». Au début des années 60, Robert Barth ramène d'un voyage en Australie la saveur des fruits de la passion qui se retrouve bientôt dans la boisson Passaia. Le créneau des jus de fruits semble porteur, et le patron de Rivella n'hésite pas à acquérir, en 1983, la marque Michel. Depuis les années 70, Rivella distribue également les produits Grapillon. En 1990, l'entreprise se jette à l'eau minérale avec Vallée Noble puis lance, en 1995, Mivella, distribué par Migros. Parallèlement, la firme parraine des événements sportifs et collabore avec l'Aide sportive suisse et la Fondation pour la pratique du ski. Rivella approvisionne les manifestations en boissons et prête du matériel. C'est le début d'une longue histoire d'amour entre Rivella et le sport. Elle devient boisson officielle des équipes nationales de ski, de l'Association suisse d'athlétisme et des équipes suisses aux Jeux olympiques d'Atlanta, de Nagano et de Sydney. «Les sportifs boivent Rivella» et donnent une image positive de la boisson. Aujourd'hui, l'entreprise sponsorise des activités plus «fun» comme le beach volley, le street ball, l'inline skating et l'International Roller Contest qui a lieu ce week-end à Lausanne. Histoire de montrer aux jeunes que, malgré ses 46 ans, elle n'est pas une marque vieillissante.

L'entreprise a fait du chemin depuis sa création en 1951. Elle emploie aujourd'hui 230 collaborateurs et a écoulé l'an dernier 88,61 millions de litres en Suisse et à l'étranger. Avec ses 12,1% du marché suisse, Rivella est le numéro deux des boissons sucrées, derrière Coca-Cola mais devant Pepsi. En 1997, son chiffre d'affaires a augmenté de 7,8% à 109 millions de francs et le bénéfice net s'est élevé à 5,4 millions (+8%). L'entreprise de Rothrist est toujours en mains familiales, mais son fondateur, Robert Barth, est aujourd'hui à la retraite. A 76 ans, il a laissé la direction des affaires internationales à son fils Alexander et celle du marché suisse à Franz Rieder. Premier Suisse à devenir président du Rotary International, Robert Barth se consacre aujourd'hui à un projet visant à éradiquer la poliomyélite dans le monde d'ici à l'an 2000.