Le verdict des marchés ne s'est pas fait attendre. Un jour après l'annonce du départ de Luqman Arnold, président britannique du directoire deUBS, le titre du groupe continuait de baisser pour clôturer la séance mercredi sur un recul de 2,1% à 80,9 francs. Nombre d'analystes ont revu leurs recommandations à la baisse, ce qui a augmenté la pression sur le cours de l'action. Les marchés n'ont guère apprécié le manque de transparence de l'établissement, ni la manière abrupte dont Luqman Arnold, très apprécié par la communauté financière, a été remercié. La nomination d'un patron britannique avait été perçue comme le signe d'une réelle volonté de la part de UBS de s'internationaliser. C'est d'ailleurs sous son égide que la banque avait fait son entrée à la Bourse de New York en mai de l'année dernière.

«Peter Wuffli a déclaré mardi que la transparence du groupe resterait aussi élevée que dans le passé. Mais UBS n'a pas fait preuve d'une grande transparence en refusant d'expliquer le changement à sa tête», a rappelé Christoph Ritschard, analyste à la Banque Cantonale de Zurich, qui garde néanmoins sa recommandation inchangée à «market outperform». L'analyste remarque, par ailleurs, que le cumul des fonctions de Peter Wuffli représente un lourd fardeau (président du directoire, directeur financier, responsable du corporate center qui recense entre autres les services juridiques, la communication, le contrôle des risques et les ressources humaines, ainsi que responsable de UBS Asset management dans le directoire, puisque John Fraser n'en fait plus partie). Pour Silvio Borner, économiste à l'Université de Bâle, le cas d'UBS est symbolique de la situation en Suisse. «La Suisse veut s'internationaliser et c'est aussi dans ce but que UBS avait recruté Luqman Arnold. Mais je peux m'imaginer qu'un Anglo-Saxon comme Luqman Arnold n'ait guère apprécié le rôle de UBS dans l'affaire Swissair et que quand on ne veut plus jouer au jeu suisse, on est remercié.» Selon l'économiste, Luqman Arnold avait compris l'importance du devoir de responsabilité envers les actionnaires beaucoup mieux que d'autres personnes en Suisse. Son départ, mal accepté par les marchés financiers, a occasionné une perte pour les investisseurs. «C'est mauvais signe, car cela montre que la Suisse n'est pas aussi internationalisée qu'elle le prétend», conclut notre interlocuteur. Silvio Borner reste néanmoins optimiste: à long terme, l'affaire Swissair devrait servir d'accélérateur à l'internationalisation et la responsabilité des dirigeants.

Il n'empêche. Le départ de Luqman Arnold montre une fois de plus que contre raz et marées, Marcel Ospel est bien décidé à rester aux commandes. Marcel Ospel ayant interprété sa fonction de président du conseil d'administration comme un rôle actif, le poste de CEO n'existe pas au sein de la banque. Juridiquement, on ne peut donc pas parler de double casquette. Mais dans la pratique, on pourrait se poser la question. C'est peut-être aussi cette démarcation peu claire qui a fini par semer la pomme de la discorde entre Marcel Ospel et Luqman Arnold, pour qui le conseil d'administration aurait dû se borner à son rôle de surveillance. Le départ de Luqman Arnold ne change rien à la situation puisque Peter Wuffli, président du directoire, n'aura pas le titre de CEO. Une situation que certains investisseurs peinent à comprendre et qui pénalise la gouvernance d'entreprise du groupe.

Enfin, même si Peter Wuffli possède les compétences de directeur financier puisqu'il l'était au sein de UBS de 1998 à 1999, le poste de directeur financier à part entière n'a plus été repourvu depuis que Peter Wuffli est devenu CEO de UBS Asset Management en 1999. C'est Luqman Arnold qui a ensuite repris cette fonction, tout comme Peter Wuffli aujourd'hui. Un autre cumul de fonctions qui, selon certains observateurs, pourrait un jour nuire à la qualité du contrôle des finances de la banque.