Les souscripteurs piégés dans Luxalpha – fonds de placement ayant canalisé leur argent vers Bernard Madoff – ne pourront attaquer directement UBS et Ernst & Young en justice. Rendu jeudi par un tribunal du Luxembourg, ce verdict pourrait éviter des centaines de plaintes aux établissements qui furent chargés du gardiennage des actifs – et, durant un temps, de la gestion – ou de la révision des comptes de ce fonds.

Les victimes indirectes de Madoff se trouveront donc forcées de passer par les liquidateurs nommés par les tribunaux luxembourgeois pour gérer la fermeture de ce fonds auquel étaient confiés 1,4 milliard d’euros. Ces derniers ont certes rédigé en décembre une plainte accablante contre le «système» Luxalpha. «UBS est tranquille, la procédure engagée prendra peut-être dix ans», soupire pourtant une victime française.

Le dépit des investisseurs floués tient surtout au fait que leur éventuel dédommagement dépendra de la répartition par ces liquidateurs du «pot commun» qui sera récupéré en justice. Or cette répartition devra tenir compte des exigences d’un autre liquidateur chargé par la justice américaine de retrouver l’argent évaporé dans le scandale, dont 400 millions de dollars via Luxalpha.

Hier, la révolte des plaignants s’est reportée contre le Grand-Duché. Amer, un autre épargnant français voit dans ce blocage «la confirmation que les banques s’installent au Luxembourg en raison de la complaisance d’un système basé sur l’autodiscipline, alors qu’en France l’AMF [l’autorité des marchés] les aurait, depuis longtemps, attaqués en justice».

Ce verdict pourrait faire froncer les sourcils de la Commission européenne. Le fonds Luxalpha bénéficiait en effet du certificat de qualité paneuropéen UCITS, ce qui lui a permis d’être largement diffusé. «Cette décision surprenante contredit tout ce qui nous avait été expliqué du droit et de la transparence de la place luxembourgeoise», estime Marc Hassberger, avocat genevois défendant des investisseurs suisses floués.

«Ceci laisse entendre que la protection offerte par la directive UCITS ne l’est que sur le papier, puisqu’elle n’est pas activable devant un tribunal luxembourgeois», ajoute Erik Bomans, un des responsables de Deminor, cabinet de défense d’actionnaires minoritaires à l’origine d’une plainte contre Luxalpha. Ironie du sort, en Irlande la justice avait mis en avant ces mêmes règles UCITS pour permettre aux investisseurs floués de poursuivre HSBC, une banque impliquée dans Thema, un autre «fonds rabatteur» de Madoff.