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De la haute couture pour cyclistes.
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Mode

La révolution de la haute couture à vélo

La marque Free Circle a décidé d’inventer la haute couture pour cyclistes et elle entend désormais révolutionner l’industrie textile en la relocalisant en Europe, en passant par la Suisse

L’histoire de Petr Rokusek est celle d’un entrepreneur tchèque de 42 ans qui a bâti sa fortune dans l’aluminium et est tombé dans la marmite de la mode presque par accident. Millionnaire, visionnaire; il investit dans différentes start-up et se lance dans l’énergie verte, testant accessoirement des vélos électriques. «Pédaler pour aller au travail est devenu le meilleur moment de ma journée», se rappelle l’homme d’affaires. Las de devoir choisir entre costumes chics en voiture et habits basiques à vélo électrique, il se met en quête d’une créatrice de mode et trouve Monika Drapalova, 45 ans. Le duo décide alors d’inventer la haute couture pour cyclistes avec la marque Free Circle et entend désormais révolutionner l’industrie textile en la relocalisant en Europe.

«Quand il m’a proposé de coopérer, j’ai tout de suite été motivée. Au fond, il fait la même chose que moi avec les arts, il utilise sa créativité pour repousser la limite des techniques et changer le process», s’enthousiasme Monika Drapalova. Coqueluche de la mode en République tchèque, on peut voir ses collections cette semaine au Musée national ou encore à la Fashion Week d’octobre. Les «awards» s’empilent dans son atelier, très artistique, situé dans un quartier industriel de Prague.

«J’aime la lenteur, les idées prennent souvent des années à se matérialiser, je n’aime pas l’ambition, le stress»

Avant de s’y installer, Monika Drapalova a passé cinq ans en France, d’où elle a ramené un goût pour Brigitte Bardot et Jean-Paul Belmondo, qui se retrouve dans l’inspiration sixties de la collection. Mais aussi le goût pour la qualité suisse. «J’allais chaque année au salon Première Vision voir les tissus. Le tissu suisse m’a marquée, un peu cher mais parfait. Avec des détails faits main, beaucoup de technologie.»

«J’ai visité les locaux du fabricant Schoeller il y a dix ans (leur siège est à Sevelen, dans le canton de Saint-Gall) et je m’en souviens encore. C’était une évidence de collaborer avec eux pour Free Circle», affirme-t-elle. L’entreprise Schoeller – depuis 1868 – appartient à Albers & Co (Zurich), qui totalise un chiffre d’affaires de 118 millions de francs pour l’année 2015-2016 avec 312 employés. Spécialisé dans le développement durable et l’innovation des tissus, Schoeller est l’un des leaders mondiaux dans le domaine.

Inspirée par les possibilités qu’offrent leurs tissus, Monika Drapalova a dessiné la collection. A chaque pièce son astuce. La robe cintrée au jupon volumineux ultra-confortable respire grâce aux perforations. Le costume pour homme possède des bretelles afin de porter la veste dans le dos, comme un sac, sans la froisser, ni transpirer. Les vêtements – qui s’étirent dans quatre directions – peuvent aussi se porter de différentes manières. Ainsi, le poncho vert électrique devient une robe tulipe. Et toujours, des zips pour éviter de coincer les habits dans le dérailleur, des parties détachables comme la capuche, des protections renforcées pour contrer l’usure du sac sur les épaules.

Deux années, une dizaine de collaborateurs et 220 000 euros d’investissement ont été nécessaires au développement de cette première collection. «J’aime la lenteur, les idées prennent souvent des années à se matérialiser, je n’aime pas l’ambition, le stress. J’aime prendre le temps et m’assurer de la qualité», articule doucement Petr, les mains dans son élégant pantalon cigarette à carreaux, créé par Monika Drapalova. «En revanche, il faudrait 300 000 euros pour produire plus de stock, les barrières dans cette industrie m’ont surpris», explique-t-il, nettement moins enthousiaste.

Le rêve de l’automatisation

Qu’à cela ne tienne, Petr Rokusek entend «jeter aux oubliettes le schéma de l’industrie «lourde», classique, celui de la Chine, souvent synonyme d’exploitation en installant en Europe des mini-studios entièrement automatisés». L’idée est de concevoir un tissu en association avec Schoeller, qui pourrait être coupé au laser par des petites machines et soudé via des vibrations ultrasoniques, les mailles se fondant les unes aux autres, sans aucune intervention humaine. Ajoutez à cela une modélisation en 3D du client pour un résultat sur mesure optimal.

Côté Suisse, on se veut prudent. «Leurs idées et vêtements sont déjà très avancés mais développer une telle machine leur prendra sûrement un certain temps et un vrai pas reste à franchir jusqu’à la production. Nous pourrions apporter nos connaissances dans la fabrication du tissu mais cela ne sera possible que quand nous aurons plus de détails sur le développement de la machinerie», déclare-t-on à Schoeller.

La Schweizerische Textilfachschule de Zurich a décidé d’être de l’aventure. Sonja Amport, la directrice, présentera le projet aux étudiants le 1er décembre en espérant que certains développent leur thèse de master sur cette possible révolution du secteur textile. «Le coût des infrastructures empêche nos jeunes diplômés de lancer leur propre entreprise de mode, ce serait fantastique d’arriver à aider l’équipe de Petr avec son idée, tous les créateurs auraient accès en un même lieu à la possibilité de designer, couper, imprimer.» Reste à savoir ce que «les étudiants, la génération Z, réservent comme réaction». «Ils pensent vraiment différemment de nous», souligne Sonja avec malice.

Petr Rokusek a quant à lui laissé tomber le vélo pour le moment, trop rapide à son goût. C’est en marchant qu’il se rend jusqu’à sa grande tour du centre de Prague, il a besoin d’au moins une heure complète par jour pour mûrir sa révolution.

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