En Inde, le ciment coule à flot. A chaque coin de rue de Delhi ou Mumbai, les chantiers tournent à plein régime. Sans compter les Indiens qu'on voit porter les lourds sacs de poudre grise pour bâtir eux-mêmes leur maison.

La demande ne cesse de croître. Selon Paul Hugentobler, membre de la direction d'Holcim et responsable de la stratégie de croissance pour la région Asie-Pacifique depuis treize ans, la consommation de ciment devrait progresser de 9% à 10% par année. Elle atteindra environ 230 millions de tonnes en 2012, estime-t-il lors d'un voyage de presse en Inde auquel Le Temps a été récemment invité.

Le principal moteur de cette hausse, ce sont les infrastructures, suivies par l'immobilier commercial et le logement. Dans une industrie indienne du ciment composée de 80 à 90 acteurs, Holcim, numéro un mondial, se trouve idéalement placé, loin devant le français Lafarges, son principal concurrent. En acquérant d'importantes participations dans Ambuja Cements (mardi cette part est passée de 40% à 46%) et dans ACC (43%), Holcim est devenu numéro deux en Inde de la production de ciment derrière Ultratech Grasim. La société zurichoise détient ainsi une part de marché d'environ 24%.

45 millions de tonnes

Actuellement, les deux groupes contrôlés par Holcim disposent de capacités de production de 41,5 millions de tonnes par année, soit plus de huit fois la production annuelle totale de ciment en Suisse. Dès l'an prochain, la capacité des groupes sera augmentée à 45 millions de tonnes pour faire face aux pics réguliers de la demande après la saison des moussons. L'immense chantier du métro à Delhi, l'édification de centres commerciaux et de bureaux sur des surfaces de plusieurs dizaines d'hectares ou encore les habitations pour les Indiens sont autant de témoins visibles du boom de la construction dans ce pays. Néanmoins, si la croissance du produit intérieur brut ralentit, comme cela s'est produit au troisième trimestre de cette année, l'industrie pourrait provisoirement devoir faire face à de surcapacités passagères, estime une récente étude de Lehman Brothers.

Ce scénario n'est en tout cas pas visible à Kodinar, dans l'Etat du Gujarat, a quelques centaines de kilomètres au nord-ouest de Mumbai. Ambuja Cements, plus gros exportateur de ciment en Inde, y dispose d'un vaste site de production qui tourne à plein régime. Un ascenseur montant à 132 mètres de hauteur offre une vue imprenable sur la fabrique et ses alentours. Le site s'étend sur 150 hectares, soit une surface équivalant à 300 terrains de football. Ce qui frappe au premier regard, ce sont les vastes étendues de nature entourant la fabrique. Les champs de canne à sucre, les arbres et les fleurs fuchsia contrastent avec le gris de l'usine.

La visite commence par la salle de contrôle informatique, composée d'ordinateurs sophistiqués. «D'ici, nous pouvons surveiller toutes les étapes de fabrication du ciment 24 heures sur 24. Les paramètres, comme la température des fours et des turbines, sont contrôlés. Grâce au système informatique, l'utilisation d'eau a été réduite de 10000 litres à 1000 litres par jour», explique un responsable de projets chez ACL. Chaque jour, 10000 tonnes de ciment sont produites. Elles descendent des silos et tombent dans des sacs récupérés à la main par les ouvriers protégés par un masque et un casque. 200000 sacs de 50 kilos sont placés chaque jour sur des camions. Cinq cents d'entre eux, colorés à la mode indienne et fabriqués par le géant indien Tata, quittent chaque 24 heures la fabrique employant 1000 collaborateurs.

En dehors du contrôle de la qualité du ciment et des normes de sécurité imposées par Holcim durant l'intégration, l'usine possède une autre particularité. Un immense four dans lequel le charbon est chauffé, en plus de l'utilisation de cannes à sucre et d'écorces de cacahuètes comme fuel alternatif, permet à la fabrique d'être autosuffisante en électricité. «Le pétrole a été remplacé par le charbon, en raison de son prix élevé», fait remarquer V.V. Tank, responsable technique de l'usine.

Production dédiée au métro

De son côté, ACC dispose d'une usine de production de béton prêt à l'emploi à Faridabad, à quelques dizaines de kilomètres au sud-est de Delhi, sur une surface de 11000 m2. Elle a elle-même introduit ce produit sur le marché indien en 1994. «La demande pour ce produit explose. Notre capacité de production va être doublée en 2008 pour atteindre 700000 m3. Cela est dû aux énormes projets d'infrastructures, comme le métro de Dehli, auquel la majorité de notre production est destinée. Notre plus gros défi consiste à réduire au maximum le temps de circulation des camions pour limiter les coûts et livrer notre produit avec la qualité voulue. Ainsi, dès l'an prochain, nous comptons ouvrir un site dédié au métro le plus proche possible du chantier», explique Danish Rashid, directeur de l'usine. Le chantier a pour but d'étendre le réseau de 128 kilomètres d'ici à 2010, avant d'entamer les deux dernières phases de développement. Ainsi, la croissance à long terme de Holcim en Inde semble plus qu'assurée.