Pour poursuivre sa croissance économique à un rythme élevé tout en partageant les fruits du succès avec les personnes les plus défavorisées, l'Inde a besoin de lancer de vastes réformes politiques. Dans le domaine des infrastructures (logements, routes, ponts, aéroports et électricité), seuls les partenariats entre le secteur public et le secteur privé peuvent permettre de répondre aux besoins immenses de la population. C'est ce que le gouvernement a récemment admis. Sur les 550 milliards de francs d'investissements à réaliser dans les infrastructures d'ici à 2012, près du tiers doit être injecté par le secteur privé.

«Les partenariats public-privé incluent des contrats à long terme entre le gouvernement et les entreprises, conférant des droits et des obligations aux deux parties. Ils offrent des avantages significatifs à différents niveaux: ils permettent d'attirer des capitaux privés, d'accéder à des expertises spécialisées, tout en partageant les risques», souligne une étude récente de Lehman Brothers consacrée à l'Inde.

Fort potentiel à Mumbai

Selon celle-ci, ce modèle, déjà adopté pour la construction d'autoroutes nationales, sera étendu aux vastes projets d'infrastructures. Depuis août, trente-sept propositions de partenariats public-privé ont été lancées par différents ministères du gouvernement. L'Etat n'a pas attendu longtemps pour en accepter vingt-huit d'entre elles. Pour accélérer encore le mouvement, le gouvernement indien a créé la India Infrastructure Finance Company, une entité dédiée au financement de projets d'infrastructures en phase de démarrage. Le financement pourra atteindre jusqu'à 20% du coût total et proviendra d'emprunts sur les marchés financiers indien et étranger. Selon l'étude de Lehman Brothers, cette initiative devrait permettre aux entreprises d'avoir plus facilement accès à des crédits.

Réduire les embouteillages

Face aux efforts du gouvernement indien, 3i, société anglaise de private equity, a été séduite. Elle a récemment annoncé qu'elle comptait récolter 5 milliards de dollars pour des projets d'infrastructures. 3i a pointé son doigt sur l'Inde, considérant désormais ce pays comme jouissant d'un fort potentiel de développement.

La société anglaise pourrait jeter son dévolu sur l'Etat du Maharashtra, dont la capitale est Mumbai. Son gouvernement vient d'abroger une loi pour permettre l'éclosion de projets de construction d'habitations et de centres commerciaux sur une surface de 32000 hectares, dont 5200 uniquement à Mumbai. Pour la capitale économique de l'Inde, cela correspond à la surface de 10400 terrains de football à se partager, entre entreprises et autorités publiques.

De son côté, l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) a publié en octobre une étude sur l'Inde publiée qui souligne que la croissance dans les infrastructures est deux fois moins élevée que celle du produit intérieur brut. Cet écart constitue potentiellement un obstacle majeur à la croissance économique du pays. Pour que la situation s'améliore, les auteurs de l'étude préconisent eux aussi le recours aux partenariats public-privé, un modèle qui représente à peine 3,5% du PIB indien en 2006.

Exemple unique en Inde: la construction, la gestion et l'entretien du pont à péage qui relie Delhi à Noida, une banlieue florissante au sud-est de la capitale, ont été confiés à la société Noida Toll Bridge. C'est la seule entreprise de ce genre à être cotée à la bourse de Mumbai. Son contrat, d'une durée de 27 ans, prendra fin en 2027. Ensuite, les activités seront confiées aux autorités publiques. Le trafic a triplé en cinq ans et les utilisateurs ne rechignent pas à mettre la main au porte-monnaie afin de gagner 30 minutes sur un trajet de... 6,5 kilomètres. Après plusieurs exercices déficitaires, la compagnie est devenue rentable en 2005.