«Les Chemins de fer indiens (Indian Railways, abrégé IR) sont aujourd'hui au bord d'une crise financière. Disons-le sans ménagement, la faible progression des affaires au jour le jour va conduire nos trains vers la faillite. Dans seize ans, le gouvernement se trouvera avec un passif supplémentaire de 15,36 milliards de dollars. D'un point de vue purement opérationnel, la spirale de la dette est entrée dans sa phase finale», constatait en juillet 2001 Rakesh Mohan, chef d'un groupe d'experts chargé d'analyser l'état de santé des Chemins de fer indiens.

Six ans plus tard, IR, créé en 1853 et deuxième réseau ferroviaire au monde par la taille, constitue la «success story» la plus fabuleuse du gouvernement indien. Alors que les blocages politiques sont légion dans ce pays, IR est parvenu, grâce à Laloo Prasad, ministre des Chemins de fer - le plus important ministère après celui des Finances -, à retrouver un niveau extraordinaire de rentabilité.

Jouer sur les volumes plutôt que sur les tarifs

Ce résultat a été atteint en respectant des conditions qui auraient découragé plus d'un économiste. «Nous ne devions effectuer aucun licenciement (ndlr: IR compte 1,5 million d'employés) ni augmenter les tarifs pour les voyageurs», souligne Sudhir Kumar, un conseiller de Laloo Prasad.

Quelques recettes simples ont été appliquées. «Pour augmenter le nombre de passagers, nous avons rallongé les trains. Parallèlement, nous avons augmenté chaque chargement cargo d'une tonne supplémentaire, ce qui nous a permis de réaliser 1,5 milliard de dollars de chiffre d'affaires supplémentaire. Les tarifs pour les transports de marchandises et de matières premières ont été revus à la hausse, en raison de la forte demande. Nous avons, de plus, réduit le temps d'immobilisation des trains. En définitive, au lieu de nous concentrer uniquement sur les tarifs, nous avons estimé qu'il fallait aussi jouer sur les volumes. Nous avons reinventé la compétitivité du secteur ferroviaire», dit en souriant Sudhir Kumar.

L'Inde meilleure que la Chine

Conséquence de ces changements stratégiques: le retour sur investissements nets d'IR atteint aujourd'hui 19,7%, soit près de dix fois celui d'il y a cinq ans. «Nous sommes devenus meilleurs que les sociétés les plus profitables en Inde, comme Reliance (ndlr: la plus grosse capitalisation boursière indienne). Notre réseau ferroviaire est le plus rentable au monde», avance Sudhir Kumar.

Selon des prévisions pour l'année en cours présentées en février par Laloo Prasad, le bénéfice devrait atteindre le niveau record de 200 milliards de roupies (6 milliards de francs). Pour Urs Schöttli, correspondant de la Neue Zürcher Zeitung au Japon et fin connaisseur de l'Asie, l'Inde n'a rien à envier à la Chine. Il est possible d'atteindre la capitale indienne en deux jours depuis n'importe quel endroit dans le pays. Cela est impossible en Chine, a-t-il fait remarquer lors d'une récente conférence de presse à Mumbai (Bombay).