technologie

La révolution de l’impression 3D semble aussi en route en Suisse

Une série de conférences est organisée à Neuchâtel la semaine prochaine. La demande des clients est au rendez-vous, selon les entreprises

Xavier Comtesse, directeur romand d’Avenir Suisse et responsable du Swiss Creative Center, en est convaincu. L’impression tridimensionnelle, la fameuse 3D, porte en elle toutes les caractéristiques d’une nouvelle révolution industrielle. Cette technologie va profondément bouleverser l’approche industrielle. De la façon de penser un produit, de le créer, jusqu’à la manière de le produire. Ce bouleversement absolu, comme il l’appelle, est d’ailleurs en marche, en Suisse aussi, a-t-il indiqué jeudi lors d’une conférence de presse à Neuchâtel, axée sur ce thème.

Selon Wohlers Associates, spécialiste de l’analyse de la 3D, le marché des imprimantes tridimensionnelles, qui modélisent un objet en superposant des couches de matériau comme du plastique, ou du métal, a explosé depuis peu. Les ventes se sont élevées à 2,2 milliards de dollars au niveau mondial en 2012 et devraient frôler les 3 milliards cette année. C’est surtout les 3D les moins chères, achetées par les «makers», ceux qui créent ce marché, soit les étudiants et les créatifs avant tout, qui ont le vent en poupe. Ces modèles enregistrent des taux de croissance de plus de 300% depuis quelques années.

«Cela veut dire que plus ou moins tous les ans, la base du parc machine des 3D triple. C’est énorme», s’enthousiasme Xavier Comtesse. Et de poursuivre: «L’imprimante 3D est sans aucun doute la machine qui symbolise le plus le changement industriel actuel tellement son usage se répand rapidement. Sa présence dans le salon du particulier n’est plus qu’une question de temps.» Ce que confirme Elmar Mock, co-inventeur de la célèbre Swatch et fondateur de Creaholic: «On va passer d’un modèle de production de grandes quantités, avec peu de variété, à une approche de petites quantités mais d’une très grande variété. Et cette transformation sera locale, avec de petites communautés qui y participeront.» Pour détailler tous les enjeux que génère cette technologie, le Swiss Creative Center, à Neuchâtel, organise la semaine prochaine une série de conférences dédiées à cette technologie (programme sous: www.scc-network.ch).

Mais qu’en est-il en Suisse, alors que les Etats-Unis ont pris une significative avance? «Il y a un vif intérêt de la part de nos clients. Il est même grandissant», témoigne Laurens Froidevaux, directeur de la division 3D auprès de Masset, au Mont-sur-Lausanne, importateur et distributeur de ce type d’imprimante pour la Suisse romande. L’horlogerie fait entre autres partie de sa clientèle. Un secteur qui représente environ 50% des affaires de Zedax, à La Neuveville, société propriétaire de quatre imprimantes 3D à usage professionnel. «Notre chiffre d’affaires est en croissance continue. La demande est bien là», analyse Lucien Hirschi, directeur de l’entreprise. Zedax réalise notamment des prototypes de bracelets en caoutchouc, des boîtes, des glaces et même des écrins de montre. Il se dit confiant sur l’évolution de la demande à l’avenir.

Pour l’heure, le marché pour les particuliers reste plus confidentiel, touchant surtout les technophiles, selon Laurens Froidevaux. A terme, il est toutefois convaincu du fort potentiel de ce secteur. «Cela ne peut que se démocratiser.» Les prix des imprimantes ne cessent d’ail­leurs de diminuer. A moins de 2000 francs, il existe désormais de très bons produits, ajoute Laurens Froidevaux. On trouve aussi sur le marché des machines à 300 dollars, mais la qualité n’est pas encore au rendez-vous, estime-t-il.

Reste aussi à convaincre les ingénieurs de réfléchir différemment, selon Xavier Comtesse. «Ils ne se sont pas encore affranchis de leur modèle de pensée traditionnel. Ils doivent intégrer cette nouvelle réalité.» Et le directeur romand d’Avenir Suisse de lancer un appel aux grandes écoles. «Ne ratez pas le virage de la 3D», regrettant qu’il n’existe pour l’heure aucune formation ad hoc en Suisse romande, d’après lui.

«Notre chiffre d’affaires est en croissance continue. La demande est bien là»

Publicité