Le parcours de Reyl & Cie, l'ancienne Progefinance, illustre le processus avorté de consolidation dans le secteur de la banque privée à Genève.

En 2002, cette petite société de gestion de fortune essentiellement tournée vers une clientèle française off shore espérait absorber des concurrents affaiblis. La baisse des Bourses et le gonflement des coûts informatiques et réglementaires sapaient le moral de toute la profession. Cette stratégie de croissance externe a été un flop: «Nous avons été déçus par la qualité des dossiers examinés», a commenté jeudi le directeur, François Reyl, lors d'une conférence de presse. Les consultants voyaient les gérants indépendants et les banques moyennes se concentrer à grande vitesse pour échapper au déclin. Leurs pronostics noirs n'ont pas été avérés.

Il y a trois ans, Reyl & Cie avait aussi entrepris de lancer sa propre gamme de fonds de placement. La démarche était risquée: le nombre de fonds autorisés en Suisse continuait à croître alors que la fortune qu'ils se partageaient se contractait. Là non plus, la consolidation annoncée ne s'est pas produite. Pour Reyl, le pari a même été payant.

A la fin 2005, Reyl & Cie totalisait 300 millions de francs sur ses fonds. Cinq d'entre eux dépassaient ou approchaient 50 millions de francs de fortune, le seuil à partir duquel un fonds est généralement considéré comme correctement rentable.

Le fonds sur actions européennes a été classé numéro un de sa catégorie sur un an et numéro trois sur trois ans par Morningstar. Le fonds de hedge funds excepté, les autres véhicules de placement obtiennent des résultats enviables. Avec ses 32 employés, Reyl & Cie fait un pied de nez aux grands émetteurs.

«Désormais, nous avons le track record de trois ans exigé par les investisseurs institutionnels. Nous sommes en train de prendre pied sur ce marché», a indiqué François Reyl. Il imagine sa société devenir «beaucoup moins petite».

La masse sous gestion, de l'ordre du milliard de francs, a triplé en trois ans, a précisé Dominique Reyl, administrateur-délégué et père de François.

Les fonds de placement n'ont pas été l'unique vecteur de la croissance. Lors d'une conférence de presse en 2002, Dominique Reyl avait rejeté l'idée d'une aventure on shore en la qualifiant de «trop coûteuse». Mais, début 2004, il a pris pignon sur rue avenue Montaigne à Paris. «Beaucoup de clients privés sont déçus par les grandes banques françaises», argumente désormais François Reyl. La filiale parisienne, forte de 300 clients, devrait atteindre le point mort en 2007.

«Nous avons trouvé des relais de croissance pour compenser l'érosion de notre clientèle off shore traditionnelle en provenance de France», s'est-il félicité. Les ressortissants britanniques, espagnols, italiens, russes et ceux du Moyen-Orient ont gagné en importance. Le thème de la consolidation a totalement disparu: «Nous sommes résolument entrés dans une phase de croissance dynamique», a conclu Dominique Reyl.