Technologie

RGPD: des médias américains renoncent à l'Europe

Le «Los Angeles Times», «USA Today» ou encore le «Chicago Tribune» rendent leur site inaccessible en Europe, ou le proposent sans publicité. Ils veulent ainsi éviter d’être sanctionnés après l’entrée en vigueur, en Europe, du Règlement général sur la protection des données

Mieux vaut se priver de 500 millions de potentiels clients européens plutôt que de risquer de s’exposer à des sanctions financières. C’est le choix effectué par plusieurs médias américains pour éviter toute amende liée à l’entrée en vigueur dans l’Union européenne, vendredi 25 mai, du Règlement général sur la protection des données (RGPD). Ces mesures concernent, pour certains médias, aussi les internautes suisses.

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Pour les Européens, le site du Chicago Tribune se résume à une seule page. Avec ce message: «Malheureusement, notre site web est actuellement inaccessible dans la plupart des pays européens. Nous travaillons à résoudre ce problème et cherchons des options pour offrir l’ensemble de nos services numériques sur le marché européen. Nous continuons à identifier des solutions techniques de «compliance».

Aucune publicité

De son côté, USA Today adopte une autre stratégie: il n’affiche aucune publicité à ses clients européens. Le site publie ce message: «On dirait que vous nous rendez visite depuis un endroit situé dans l’Union européenne. […] Ce site ne récolte pas d’informations identifiables de manière personnelle, n’offre pas d’expérience personnalisée […] ou piste des personnes identifiées comme étant situées dans l’Union européenne.»

Le Washington Post demande, quant à lui, à ses lecteurs européens d’agir: pour accéder à son site, il les oblige à accepter un petit texte de quelques lignes. «En cliquant «j’accepte» ci-dessous, vous consentez à l’utilisation, par nous et par nos partenaires externes, de cookies [des petits fichiers qui tracent la navigation, ndlr] et de données récoltées via l’utilisation de nos plateformes.» Impossible d’accéder au site sans consentir à cela.

Exception pour la Suisse

Dernier exemple, le Los Angeles Times est inaccessible dans les pays de l’Union européenne. Mais son site peut être consulté depuis la Suisse. D’autres médias locaux du groupe Tronc, moins connus que le Chicago Tribune et le Los Angeles Times, sont inaccessibles sur le Vieux Continent. Quant au New York Times, il ne semble avoir pris aucune mesure spéciale vis-à-vis de son audience européenne.

Pourquoi une telle prudence? Ces médias américains, dont les sites récoltent beaucoup de donnés à des fins publicitaires, ne veulent prendre aucun risque par rapport aux sanctions prévues par le RGPD en cas de violation de ce règlement. Dans le pire des cas, des amendes allant jusqu’à 20 millions d’euros ou à 4% de leur chiffre d’affaires mondial sont prévues. Comme le souligne CNBC, deux points effrayent les sites de médias américains. D’abord le fait que le RGPD impose aux entreprises un consentement explicite des internautes pour l’utilisation de leurs données. Ensuite, le règlement permet aux lecteurs de demander aux prestataires en ligne toutes les données qu’ils ont sur eux. Et aussi de les effacer.

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Crainte de poursuites

Si certains médias américains sont aussi précautionneux, c’est parce qu’ils craignent des poursuites en justice qui pourraient être médiatisées. Vendredi dernier, NOYB (acronyme de None of your business), l’organisation créée par l’activiste autrichien Maximilien Schrems, a déposé des plaintes auprès des autorités de protection des données personnelles de Belgique (pour Instagram), de Hambourg (WhatsApp), d’Autriche (Facebook) et de France (Android). NOYB leur reproche de forcer le consentement de leurs utilisateurs.

Pour l’heure, aucun média américain n’a communiqué officiellement sur une modification de ses pratiques de récolte de données. La situation actuelle pourrait donc durer plusieurs jours, voire plusieurs mois. A titre de comparaison, Facebook, qui avait dans un premier temps affirmé que seuls ses clients européens seraient concernés par le RGPD, a étendu un mois plus tard cette couverture à tous ses utilisateurs.

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