Technologie médicale

Rheon Medical teste un implant contrôlable à distance pour traiter le glaucome

Une étude clinique démarrera en 2013 à Lausanne auprès de 30 patients. La start-up espère réduire les risques postopératoires des opérations du glaucome.

Sensibilisé par la maladie de son père, qui a perdu la vision d’un œil suite à un glaucome, Nikolaos Stergiopulos n’allait pas rester les bras croisés. Ce spécialiste des dispositifs implantables et contrôlables à distance – connu pour avoir fondé les start-up EndoArt et Antlia (lire encadré) – a décidé de s’attaquer à cette maladie ophtalmique. Professeur au Laboratoire d’hémodynamique et de technologie cardiovasculaire de l’EPFL, il a conçu et développé avec ses collaborateurs – Stéphane Bigler et Adan Villamarin ainsi que l’ophtalmologue Sylvain Roy – un petit implant d’un demi-millimètre d’épaisseur qui pourrait modifier le traitement du glaucome, deuxième cause de cécité dans le monde. Cette pièce microscopique, implantable dans l’œil, a pour particularité de posséder un tube réglable à distance grâce à un disque magnétique.

Afin de commercialiser son invention, Nikolaos Stergiopulos a créé en 2010 la start-up Rheon Medical, basée à Préverenges (VD). Elle a été sélectionnée parmi les vingt-cinq entreprises de technologie médicale les plus innovantes en Europe au dernier European Tech Tour qui s’est tenu en octobre à Lausanne.

Pour rappel, le glaucome est une maladie associée à l’élévation de la pression intra-oculaire. Entre la cornée et l’iris se trouve un espace appelé la chambre antérieure. Celle-ci est remplie d’un liquide – l’humeur aqueuse – qui se renouvelle constamment. Dans la plupart des cas de glaucome, une diminution de l’excrétion de l’humeur aqueuse par sa voie de sortie se produit. Cela engendre un accroissement de la pression à l’intérieur de l’œil et un endommagement du nerf optique.

Habituellement, des gouttes ophtalmiques suffisent à réduire la production d’humeur aqueuse dans l’œil en augmentant son excrétion. Toutefois, dans certains cas, une intervention chirurgicale s’avère indispensable malgré les collyres. Parmi les différentes techniques opératoires, l’une d’elles consiste à poser un micro-tube dans un volet scléral (le blanc de l’œil) qui permet de drainer l’humeur aqueuse.

«Ces tubes ont un diamètre fixe. Il n’y a pas de contrôle possible sur la quantité de liquide à drainer en fonction de la tension intra-oculaire», explique Nikolaos Stergiopulos. Or généralement, dans les deux à trois semaines qui suivent l’opération, la pression reste beaucoup plus basse que nécessaire (hypotonie), ce qui peut être responsable de complications post­opératoires. «Ce risque d’hypotonie est évalué entre 10 et 30% selon les implants», précise l’ophtalmologue André Mermoud à la Clinique de Montchoisi à Lausanne.

L’implant réglable à distance pourrait être comparé à un micro-robinet. «Comme il est trop petit pour y placer de l’électronique, nous avons posé un disque magnétique qui tourne autour d’un axe excentrique et qui permet de comprimer ou décomprimer un tube flexible. Un aimant externe suffit à contrôler ce disque magnétique en fonction de la pression intra-oculaire», précise Nikolaos Stergiopulos.

Un brevet a été déposé en 2008. L’implant est désormais finalisé, tout comme les tests ex vivo et in vitro. «Nous préparons une étude clinique sur 30 patients à la Clinique de Montchoisi à Lausanne, sous la conduite d’André Mermoud. Elle devrait démarrer au printemps 2013, précise Nikolaos Stergiopulos. Nous espérons obtenir le marquage CE qui permettra de commercialiser le produit en 2014.»

Les implants actuellement utilisés lors de chirurgie du glaucome sont proposés, entre autres, par Novartis et Abbott. Ils génèrent un chiffre d’affaires annuel de 186 millions de francs. «Rheon Medical pourrait prendre entre 30 à 40% de ce marché», prévoit le directeur de Rheon Medical.

La start-up pourra mener sa première étude clinique sans faire appel à des fonds externes. Puis, elle devra lever près de 2 millions de francs pour passer à la phase commerciale. «La société pourrait être rachetée au terme des études cliniques ou dès l’obtention du marquage CE, précise Nikolaos Stergiopulos. Contrairement à EndoArt, nous souhaiterions que Rheon Medical reste indépendante le plus longtemps possible jusqu’à ce qu’elle devienne rentable et leader dans son domaine. En outre, l’équipe, constituée actuellement de cinq personnes, restera restreinte.»

«Nous espérons obtenir le marquage CE qui permettra de commercialiser le produit en 2014»

Publicité