Le rapport de force est clair: 450000 contre 170000. En Suisse, Ricardo.ch reste, et de loin, le leader de la vente aux enchères sur Internet avec presque un demi-million d'objets en vente. En face, la filiale suisse d'eBay ne revendique que quelque 170000 objets à acquérir. Et, à la différence de son prestigieux concurrent qui réduit ses effectifs, Ricardo engage. La société a ainsi annoncé hier avoir franchi le cap des 100 employés, alors qu'elle n'en employait encore que 85 cet été. En 2005, ils étaient une trentaine.

«La plupart des nouveaux employés travaillent dans le support pour nos utilisateurs, qui est capital, détaille Pierre-Marie Heller, chef du service clientèle pour la Suisse romande. Nous voulons aussi nous rapprocher de nos clients en ouvrant actuellement un bureau à Lausanne.» Alors que tout se fait sur Internet, cette proximité physique a-t-elle un sens? «Il nous faut parfois rencontrer des clients, qui sont par exemple des entreprises. Nous devons faire comprendre à nos utilisateurs que nous sommes là pour les aider en cas de souci», poursuit Pierre-Marie Heller. Car des soucis, il y en a toujours. Ricardo estime que quelques pour-mille des transactions donnent lieu à des questions ou à des litiges.

La société compte passer la crise actuelle sans être touchée. «De nombreux particuliers utilisent nos services, les entreprises ne sont qu'une minorité, affirme le responsable. S'il y a une crise, nous pourrions ne pas la percevoir, car il est possible que les particuliers se mettent à vendre et à acheter davantage d'objets d'occasion.» Pierre-Marie Heller évoque ainsi des particuliers ayant cédé leur troisième, voire leur deuxième voiture, ainsi que des collections de tableaux.

En face, eBay se porte moins bien. Début octobre, le groupe annonçait qu'il supprimerait 8 à 9 postes sur les 100 qu'il compte à Berne, où se trouve son siège pour l'Europe et l'Asie. EBay a décidé de quitter le marché autrichien en supprimant l'intégralité des 12 postes. Dans ce contexte, et malgré la présence importante d'eBay à Berne, il est possible que le marché suisse soit désormais géré depuis Berlin. Les services de presse en Allemagne et en Suisse n'ont pas répondu à nos appels.

Ricardo communique très peu de chiffres. Il ne donne aucune indication sur son chiffre d'affaires et sa profitabilité. La société a connu plusieurs propriétaires durant son histoire. Elle est désormais indirectement détenue par un groupe sud-africain, Naspers, actif autant dans l'édition au Brésil que dans des services pour téléphone mobile en Inde.

Soucis pour Noël

Au niveau global, eBay est bien sûr plus disert. Il a annoncé cette semaine un bénéfice de 592 millions de dollars au troisième trimestre, alors qu'il subissait des pertes un an plus tôt. Surtout, son directeur, John Donahoe, a effrayé les marchés en affirmant qu'il attendait «une saison des Fêtes très difficile, avec des consommateurs qui feront très attention à leurs dépenses».