Portrait

Richard Coles, la pop star gay devenue pasteur

L’ancien musicien des Communards s’est «brûlé» durant les années Sex, drugs and rock 'n' roll. La gloire a été accompagnée de drames. Il est devenu le révérend Coles et s’exprime devant des managers suisses

Richard Coles a changé. On pourrait parler de disruption si le terme n’était pas si souvent galvaudé. Musicien, numéro un au hit-parade britannique en 1986 avec les Communards pour Don’t Leave Me this Way, icône homosexuelle, gauchiste engagé contre Margaret Thatcher, c’est aujourd’hui un pasteur anglican qui vit dans une relation platonique avec son partenaire et qui anime des émissions à la BBC. Ecrivain, il est l’auteur de quatre ouvrages, dont l’un sur les «saints improbables». Son autobiographie (Fathomless Riches: or How I Went From Pop To The Pulpit) comporte déjà deux tomes alors qu’il n’a que 57 ans.

L’ancienne star devenue le révérend Coles nous rejoint dans le salon de l’ancienne bourse suisse, à deux pas de Paradeplatz, à Zurich. Plus tard, il parlera de la «perte des repères» à plusieurs centaines de managers zurichois, dans le cadre du SMG Forum.

Le public l’apprécie, même sur les réseaux sociaux. Ne dépasse-t-il pas les 169 000 followers, soit cinq fois le nombre de Paul Romer, le nouveau Nobel d’économie? Sur Twitter, il dit «susciter le dialogue et les échanges fructueux mais surtout pas polariser».

Du festival de Montreux à un forum de managers

Sa précédente visite en Suisse, au festival de Montreux, date de ses années «Sex, drugs and rock 'n' roll», comme il les qualifie. A Zurich, lors de son show autobiographique, qui débutera par la musique d’un ancien tube des années 1980, il plaît par son empathie. Plutôt que de jouer les anciennes stars, il n’hésite pas à se moquer de lui-même: «Lors de mes premiers cours aux enfants de la paroisse de Finedon, un élève m’a approché pour me confier que j’étais l’idole de sa grand-mère», raconte-t-il.

Mais l’homme d’Eglise n’a pas tout changé, en tout cas pas ses opinions politiques. Il reste le défenseur des plus faibles.

Né en 1962 d’une famille qui a souffert des restructurations de l’industrie de la chaussure dans le comté de Northampton, Richard Coles passe son enfance dans un milieu conservateur. Il s’initie à la musique dans le chœur de l’école, puis apprend le piano et le violon, plus tard le saxophone. Puis il part pour Londres «pour améliorer le monde». Il y vit dans un quartier modeste.

L’opposant à Thatcher

Dans un climat politique très lourd, marqué par l’opposition entre Margaret Thatcher et le travailliste Ken Livingston, il croit au message radical de la musique. C’est l’époque punk. Il accompagne d’abord Bronski Beat puis forme les Communards avec Jimmy Sommerville. Leur plus grand succès sera Don’t Leave Me This Way, le disque le plus vendu de l’année 1986. A cette époque, l’industrie de la musique regorge d’argent. Pour Richard Coles, les dépenses les plus folles s’accumulent. En réalité, ses revenus sont tels qu’il est l’un des premiers bénéficiaires de la baisse des impôts de la Dame de fer, ironise-t-il. Mais le cœur reste à gauche. «Nous voulions briser Thatcher», déclare-t-il.

Il est de tous les combats, par exemple contre l’apartheid, et «avec tous les marginaux». Ce qui ne l’empêche pas de voyager, alors, en Concorde.

Quand les enterrements de musiciens se succédaient

Les années sida, une maladie incurable mais aujourd'hui «sous contrôle», détruisent un trop grand nombre de vies dans son entourage. Les enterrements de musiciens semblent ne jamais prendre fin. Richard Coles s’est dit lui-même infecté par la maladie, avant que, plus d’une semaine plus tard, le laboratoire ne démontre l’inverse, ajoute-t-il. D’un côté le succès, de l’autre le drame avec le sida. Les meilleurs moments côtoient les pires.

«La musique pop ne compte pas les personnes qui vivent à 100 à l’heure et se brûlent. Cela m’est aussi arrivé», révèle-t-il. Passé les 30 ans, «après le krach, vous vous demandez ce que vous allez faire durant le reste de votre vie. J’ai oublié Dieu pendant mes années Sex, drugs and rock 'n' roll, mais il ne m’a pas oublié», avoue-t-il.

Après la pop, Richard Coles devient animateur de radio, puis revient à la religion, étudie la théologie et devient pasteur en 2005. «Un retour aux sources», juge-t-il.

Le virage anglican

Fasciné par le changement, voire l'extrémisme, le révérend estime que l’Eglise répond à son désir de radicalisme. «Jésus-Christ a toujours été avec les pauvres, les marginaux et les opprimés et contre les riches et les puissants. C’est cette tradition-ci qui m’a inspiré», tranche-t-il. S’il s'oriente vers la religion, il désire s’y engager à fond. Sur ce plan aussi, il a changé. D’abord anglican, il s’est tourné vers l’Eglise catholique avant de revenir à ses origines anglicanes.

Une plongée historique: Henri VIII a causé le premier Brexit de l’histoire d’Angleterre

L’ex-pop star n’a pas perdu ses amis les plus proches en devenant prêtre. Ils étaient simplement surpris de le voir rejoindre une organisation considérée par beaucoup comme un ennemi. Mais, avec l’âge, «ils ont vu que j’étais heureux et ils ont finalement accepté mon choix», note-t-il.

Les années VIH m’ont préparé à mon rôle de berger

Ses années intenses l’ont aidé à devenir prêtre. «On réalise que les moments de bonheur peuvent précéder des drames. Cela m’a ouvert les yeux. Les années VIH m’ont préparé à mon rôle de berger», argumente-t-il. Lors de l’interview, il se dit fasciné par la manière dont on peut se mouvoir «durant les différentes périodes de la vie et s’engager dans des idées excitantes et transformatrices».

La tradition de l’Eglise anglicane lui plaît par sa capacité à chercher une voie médiane et à éviter la polarisation. Chacun doit défendre ses valeurs mais également chercher les intérêts communs. Richard Coles est opposé au Brexit, dans une paroisse nettement favorable à la séparation. «Il faut être plus Suisse, davantage ouvert à l’esprit fédératif et coopératif», propose-t-il.

Des envies de polar

Les anglicans ont l’avantage d’hésiter à s’engager pour une cause précise, préférant laisser les gens vivre leurs différences. Le fait d’avoir un pasteur qui partage sa vie avec un partenaire de même sexe est une réalité qui est acceptée depuis longtemps par l’Eglise anglicane. «Ce type de situation existe mais sans être explicite dans l’Eglise catholique», pense-t-il. L’important c’est, à son avis, d’avoir une approche inclusive.

Après ses années de star et de confort, avec une résidence à Londres et une autre à la campagne, il a vu le passage à l’Eglise modifier profondément son train de vie. Il n’a plus qu’un budget d’étudiant, avec «presque rien, mais ce n’est pas un problème. J’ai une jolie maison mise à disposition par l’Eglise.»

A 57 ans, son souhait se limite à travailler moins, écrire davantage et vivre en Ecosse près de la mer.

Son prochain ouvrage, un polar, sera consacré à un prêtre détective qui vit dans un petit village. Il aimerait aussi se lancer dans un essai sur les monuments au Royaume-Uni. Sa passion livresque est aussi un retour aux sources. Le livre n’est-il pas, comme il le rappelle, une invention religieuse – et l’impression n’est-elle pas directement liée au développement du christianisme?


Profil

26 mars 1962 Naissance à Northampton

1984 Quitte les Bronski Beat pour les Communards

1986 «Don't leave me this way» est numéro un du Hit parade au Royaume Uni

2011 Pasteur de Finedon

2014 premier volet de ses mémoires

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