Interview

Richard Quest: «Les médias doivent se serrer les coudes»

Le présentateur vedette de CNN était de passage à Zurich, après une semaine à Davos, «où beaucoup n’ont pas compris les critiques» contre la globalisation. Il évoque ce qu’implique l’arrivée de Donald Trump au pouvoir dans la façon de faire du journalisme

Présentateur vedette de CNN, Richard Quest était de passage à Zurich, à son retour de Davos. Il revient sur le décalage entre les critiques de la globalisation et la perception des participants au Forum économique mondial. Le présentateur de l’émission «Quest Means Business» évoque aussi ce qu’implique l’arrivée de Donald Trump au pouvoir dans la façon de faire du journalisme.

– L’an dernier, les participants au Forum de Davos ne croyaient ni au Brexit, ni à l’élection de Donald Trump. Ils n’ont pas vu le mouvement anti-globalisation et le problème que pose le creusement des inégalités. L’état d’esprit était-il différent cette année?

– L’ambiance était morose. Donald Trump était comme un fantôme partout, dans toutes les discussions. Cette année, Davos était encore plus un «trade show» qu’il ne l’a jamais été, où les participants viennent négocier et repartent. Personne n’a dit qu’ils avaient eu tort, pas plus qu’il n’y a eu de réflexion sur ce qui a été fait faux. Une poignée d’entre eux, Christine Lagarde, la directrice du FMI, avaient déjà prévenu depuis longtemps que le creusement des inégalités allait poser un problème. Mais personne ne les avait écouté.

– Pourquoi?

– Je crois qu’ils ne sont fondamentalement pas d’accord et qu’ils ne comprennent pas les critiques. Pendant la semaine, on n’a pas cessé de me répéter que la globalisation avait permis à des millions de personnes de sortir de la pauvreté. Mais il n’y a pas de discussions au-delà.

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– En quoi l’arrivée de Donald Trump au pouvoir change-t-elle la façon de faire du journalisme?

– Elle ne change pas: on continue à faire notre travail et à raconter ce qu’il se passe. Il y a cependant deux différences. On risque de voir des changements de politiques beaucoup plus rapides. Il faudra suivre. Regardez le TTP (le traité de libre-échange transpacifique): les Etats-Unis se sont retirés du jour au lendemain. Il ne faut pas sous-estimer cette rapidité à changer, d’autant que Donald Trump a le Congrès avec lui. Autre exemple, la facilité avec laquelle, en agressant quelques entreprises, il a pu les faire changer de politique. L’autre différence, c’est l’obsession de Donald Trump de la façon dont il est décrit dans les médias et l’émergence des «faits alternatifs». Sa réaction au fait qu’il y avait moins de monde à son inauguration est tout simplement ahurissante.

– Quid des attaques que subissent certains médias, dont CNN lors de la première conférence de presse de Donald Trump en tant que président élu?

– Nous avons l’habitude de ces attaques. Nous sommes prêts. Je ne dis pas que c’est facile, mais nous sommes assez solides pour résister. Cela dit, c’est dangereux pour les médias dans leur ensemble d’avoir un président qui nous considère comme les personnes les «plus malhonnêtes de la terre». Les médias vont devoir se serrer les coudes et revenir à leurs principes de base: être justes, corrects, neutres, vérifier les informations plutôt deux fois qu’une, accepter qu’il vaut mieux être correct qu’être le premier à sortir une information, exprimer ses doutes, etc.

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