Distinction

Richard Thaler dépensera son million de dollars «de la façon la plus irrationnelle»

Spécialiste de l’économie comportementale, le lauréat du Prix Nobel d’économie 2017 a documenté la façon dont la psychologie humaine influence les décisions tant du consommateur que de l’investisseur

C’est la deuxième fois que les recherches en économie comportementale obtiennent une reconnaissance. Le professeur américain Richard Thaler, 72 ans, connu pour ses travaux sur le rôle de la psychologie personnelle et des relations sociales dans la prise de décision, a décroché lundi le Prix Nobel d’économie 2017. Il marche sur les pas de Daniel Kahneman, lauréat en 2002, l’un des pionniers de la branche, qui s’était penché sur la façon dont nos peurs et nos enthousiasmes influencent nos décisions.

Trois facteurs mis en avant

«Richard Thaler propose une meilleure méthode d’analyse des agissements humains lorsqu’il s’agit de prendre des décisions économiques ou financières, explique Luis Pedro Santo Pinto, qui enseigne l’économie comportementale à l’Université de Lausanne. Il a démonté l’idée selon laquelle l’humain est rationnel et égoïste, qu’il dispose de ressources illimitées pour faire face à la compétition, qu’il est capable de respecter ses résolutions, et enfin qu’il a une volonté de fer.» En réalité, selon Richard Thaler, l’homme n’est pas capable de suivre ses propres plans, il est altruiste et il a des limites cognitives.

En lui décernant le prix, le Comité Nobel a identifié trois facteurs que Richard Thaler met en avant: la rationalité limitée de l’homme, ses préférences sociales basées sur l’équité et son manque de maîtrise de soi. Pour illustrer ses dires, l’économiste américain décrit la tentation, par exemple, de constituer un plan d’épargne pour financer la retraite. Le plus souvent, la mise en œuvre du plan est reportée.

Lire aussi: L’investissement par objectifs pour éviter les biais comportementaux

Des recherches ancrées dans la réalité

Comme d’autres économistes comportementaux, Richard Thaler s’est abondamment penché sur les orientations des décisions d’investissement. Les investisseurs se posent certes les questions classiques: le rendement souhaité, les contraintes et les risques. «Les réponses à ces questions sont toutefois insuffisantes, explique le professeur Luis Pedro Santo Pinto. Les éléments qui touchent personnellement l’investisseur, mais aussi son environnement, sont également fondamentaux dans la prise de décisions.»

Pour le professeur lausannois, enthousiaste au sujet du choix du jury du Prix Nobel, Richard Thaler n’est pas enfermé dans la théorie: «Ses recherches sont ancrées dans la réalité de chaque décideur, qu’il soit un consommateur ou un investisseur.» Joint par l’Académie du Nobel et cité par l’AFP, le lauréat, qui va recevoir un million de dollars, s’est dit heureux et a promis de dépenser son prix «de la façon la plus irrationnelle possible».

Publicité