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Le riche est celui qui est béni par Dieu!

OPINION. Telle est l’une des maximes du bouddhisme ou du protestantisme, pour lesquels celui qui prospère semble avoir reçu la bénédiction céleste, écrit Didier Maurin, président et administrateur de Katleya Gestion à Genève

Dans la mesure où les religions façonnent l’inconscient collectif, on comprend mieux pourquoi les Asiatiques et les Anglo-Saxons taxent bien moins les riches et les chefs d’entreprise que les autres. A leurs yeux, il est impensable de s’en prendre à des êtres si sacrés: cela signifierait s’attaquer à Dieu lui-même! Dès lors, ces nations ont tendance à prospérer davantage économiquement que les autres, car elles ont une propension à favoriser la création de richesses.

Rien de semblable au sein de la tradition catholique. A étudier les vitraux des églises, on constate que sont représentés là de pauvres bougres en haillons, arqués sur leur canne, semblant se complaire dans leur misère. Si au fil des siècles, les vitraux avaient affiché des êtres opulents et souriants, notre inconscient collectif serait bien différent. Le riche ne serait probablement pas stigmatisé comme il l’est aujourd’hui dans nombre de sociétés.

D’ailleurs, Nietzsche ne sous-entendait-il pas que le catholicisme, «c’est deux mille ans de violence faite aux hommes» et que son pendant politique… c’est le socialisme! Comme l’ont constaté nombre de sociologues, les premiers ont préparé le terrain d’un point de vue religieux avant que les seconds ne l’alimentent en politique.

La condamnation de l’individualiste

Cependant, l’idéologie sous-jacente à ces deux courants de pensée reste identique, avec la condamnation, plus ou moins explicite, de l’individualiste qui ose réussir par lui-même, et pour lui-même; elle ne favorise que les notions de groupe et de collectivisme pour lesquelles il est de bon ton de couper la tête de celui qui ose vouloir sortir du lot, notamment via un matraquage fiscal omniprésent et de nombreuses contraintes.

Les philosophes enchérissent souvent le sujet en affirmant que les notions d’individualisme, de constitution de richesses et de reconnaissance de l’individu représentent «une morale pour les maîtres», quand le catholicisme et le socialisme, qui tendent à dissoudre l’individu dans le groupe en répartissant ce qu’il a su gagner et en l’empêchant de flatter son ego, constituent «une morale pour les esclaves»… A bon entendeur!

L’idée ne fera certainement pas l’unanimité, d’autant que les philosophes précisent que si les maîtres revendiquent leurs valeurs de maîtres, où pour eux l’individu doit pouvoir se construire par lui-même, pour lui-même, en faisant fi de l’opinion des groupes tout en accédant à la richesse financière et intellectuelle, les esclaves, eux, revendiqueront leurs valeurs d’esclaves. avec un sens collectiviste et de répartition des richesses qui leur semblera naturelle!

Montrer du doigt un chirurgien?

Quant aux psychanalystes, leur langage est tout aussi brutal puisqu’ils qualifient la «morale des maîtres de l’individualiste riche» de «pulsion de vie» et la «morale des esclaves du collectivisme pauvre» de «pulsion de mort»… A cet égard, Paul Valéry soutenait d’ailleurs que «la richesse donne la possibilité à la vie». Il faut en effet souligner l’injustice d’une doctrine qui conspue systématiquement le riche malgré ses efforts, son travail acharné, son niveau d’études et sa prise de risque pour tenter de s’élever à une situation aisée, enviable, car a contrario, certains auront dans le même temps préféré un poste peu ambitieux, obtenu sans effort et sans risque, voire avec des aides financières. Après 14 années d’études intensives, le chirurgien mérite-t-il qu’on le montre du doigt?

Nietzsche proférait à juste titre que «ce n’est pas l’inégalité qui pose problème, c’est la recherche de l’égalité qui constitue une barbarie», car elle sape les efforts de ceux qui veulent réussir quelque chose et plonge ainsi toute forme de société dite égalitaire dans la décadence. Or, la décadence forge les prémices de la barbarie.

Certes, certains riches le sont devenus malhonnêtement, mais dans ce cas, leur traitement doit être d’ordre judiciaire sans jamais être d’ordre politique, sous peine d’appauvrir une société qui finit par se révolter, tels les «gilets jaunes» récemment en France.

Apprendre par la souffrance

Nietzsche, encore lui, professait à raison que «les peuples ne savent apprendre que par la souffrance et dans la souffrance», car une société ne peut éternellement continuer à s’enorgueillir d’un racket fiscal cassant particuliers et entreprises qui veulent réussir (cf. pulsion de vie!) sans un jour en payer le prix.

Cela étant, il affirmait aussi qu'«il ne faut pas gagner tout le temps, car perdre de temps en temps est une nécessité». Ce précepte est amplement valable pour l’homme comme pour les sociétés!


Didier Maurin est président et administrateur de Katleya Gestion à Genève.


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