«La baisse des ventes ralentit, mais la prudence demeure.» Cité dans un communiqué publié mercredi, Johann Rupert, le président du groupe de luxe genevois Richemont, se refuse à crier victoire avant d’être sûr que l’économie mondiale soit véritablement sortie de l’ornière. Sur les cinq premiers mois de l’exercice 2009/10 (qui s’achèvera fin mars), son groupe affiche une contraction du chiffre d’affaires de 16% par rapport à avril-août 2008. En monnaies locales, le recul est encore plus important: -21%.

Des chiffres qui correspondent aux attentes

Divulgués à l’occasion de l’assemblée générale ordinaire du groupe, ces chiffres se situent pile dans la cible des attentes des analystes. Et sont meilleurs que le déclin observé dans le sillage de la faillite de Lehman Brothers. Dans son seul secteur «montres», qui compte un portefeuille de marques allant de Jaeger-LeCoultre à IWC, en passant par Vacheron Constantin et Baume & Mercier, la multinationale affiche par ailleurs un recul des ventes de 18% pour la période sous revue, meilleur que le plongeon de 26% subi par l’ensemble de l’industrie horlogère.

Risques d’un contexte de changes défavorable

N’y a-t-il pas là matière à se réjouir? Contrairement aux dirigeants de Swatch Group, qui se disent persuadés que le deuxième semestre sera meilleur que le premier, Johann Rupert joue la retenue. Les chiffres d’affaires de la seconde partie de l’année apparaîtront certes sous un jour plus clément en comparaison annuelle, «mais un contexte de changes défavorables pourrait amoindrir» cette amélioration, explique-t-il. Ajoutant qu’il attend «davantage de preuves» que le rebond conjoncturel soit véritablement en cours.

Dans un tel contexte, la rentabilité va «inévitablement» continuer à régresser, malgré les mesures d’économies entreprises – par exemple la suppression de 70 postes chez Roger Dubuis à Meyrin - pour se situer «significativement en dessous» du niveau atteint en septembre 2008. Richemont avait alors dégagé un résultat opérationnel semestriel de 639 millions d’euros (970 millions de francs) dans ses activités «luxe».

Horlogerie plus touchée

Dans le détail, d’avril à fin août, le tassement des activités a été plus prononcé dans les montres que dans la joaillerie (-14%) et que la maroquinerie/accessoires (-1%). Le chiffre d’affaire a en revanche décliné de 17% dans les instruments d’écriture et de 23% dans les «autres activités».

Géographiquement, les ventes ont dégringolé de 36% dans les Amériques, alors que les analystes s’attendaient à pire, notamment en raison de la poursuite du déstockage des détaillants horlogers. Le chiffre d’affaires a reculé de 22% en Europe, de 7% au Japon, mais il a progressé de 5% dans le reste de l’Asie-Pacifique. Ce dernier constat constitue indéniablement la bonne nouvelle puisque la firme se développe actuellement rapidement dans cette région. Sa marque phare Cartier a ainsi affirmé récemment qu’elle entendait faire de l’Empire du Milieu son plus grand marché d’ici quatre à cinq ans.

Si Johann Rupert manifeste une grande réserve pour l’évolution des affaires dans les mois à venir, il n’hésite d’ailleurs pas à afficher sa confiance pour le long terme. «Je suis certain que Richemont sortira de la crise actuelle en très bonne place pour tirer avantage du regain de confiance des consommateurs, quel que soit le moment où il surviendra», assure-t-il. Le groupe pourra alors s’appuyer sur un solide trésor de guerre de 820 millions d’euros, quasi inchangé par rapport à la fin mars dernier.