Yoox Net-à-porter (YNAP), site de vente en ligne actuellement sous contrôle de Richemont, doit devenir une plateforme neutre au service de l’ensemble de l’industrie du luxe. A l’occasion de la publication de ses résultats semestriels décalés vendredi, le groupe de luxe genevois a précisé les démarches en cours pour améliorer la rentabilité de ce secteur d’activité, qui enregistre des pertes opérationnelles depuis plusieurs années.

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Pour ce faire, Richemont entend renforcer son partenariat avec la plateforme d’e-commerce britannique Farfetch, dans laquelle il avait investi 550 millions de dollars (495 millions de francs) l’an dernier, obtenant ainsi 25% des parts d’une nouvelle entité, Farfetch China. Les discussions en cours portent sur quatre points: un investissement de Farfetch dans YNAP en tant qu’actionnaire majoritaire aux côtés d’autres investisseurs; l’utilisation par YNAP des solutions de Farfetch pour soutenir sa transition vers un nouveau modèle économique; l’intégration des technologies de Farfetch par les marques de Richemont pour accélérer le développement de leurs boutiques en ligne; l’arrivée des marques de Richemont sur le marketplace de Farfetch.

«D’autres acteurs de l’industrie et des investisseurs ont déjà fait part de leur intérêt à investir dans YNAP. L’objectif ultime est d’en faire une plateforme neutre, sans actionnaire majoritaire. Richemont continue de travailler avec Farfetch en vue de la conclusion d’un accord définitif», indique le groupe dans un communiqué. Avant de préciser que l’aboutissement des discussions n’est pas garanti, qu’aucun calendrier n’a été fixé, pas plus que le montant de la transaction «qui serait soumise à l’obtention des autorisations des autorités antitrust».

«Ce n’est pas une réaction à des pressions de fonds activistes»

Lors d’un échange téléphonique avec les médias vendredi, le président et actionnaire majoritaire de Richemont, le milliardaire sud-africain Johann Rupert, a rappelé que faire de YNAP une plateforme ouverte à l’ensemble des acteurs de la branche avait toujours été l’objectif du groupe: «Lors d’une conférence en 2015, j’ai invité le reste de l’industrie à nous rejoindre, parce que si nous ne travaillons pas ensemble, nous ne sommes pas assez forts.»

Il a également concédé que des erreurs avaient été commises par le passé concernant YNAP. Au modèle économique initial «1P», où la plateforme achète des stocks à des marques pour les revendre ensuite – ce qui implique des investissements importants –, Richemont est en train d’ajouter un modèle «3P», dans lequel le site devient une vitrine pour des produits dont les marques gèrent elles-mêmes les stocks, comme le propose Amazon.

«Mais ces erreurs nous ont conduits à développer un partenariat avec la plateforme chinoise Alibaba, puis Farfetch. Nous ne pouvons pas en dire plus sur les discussions actuelles ou sur les autres partenaires potentiels.» Il précise toutefois que cette démarche «ne constitue pas une déconsolidation de YNAP, même si cela ferait plaisir à certains».

Egalement interrogé sur l’arrivée du fonds activiste Third Point dans le capital de Richemont, révélé ce dimanche par le média en ligne français Miss Tweed, Johann Rupert n’a fait aucun commentaire. Il assure cependant que les discussions en cours concernant YNAP ont débuté il y a deux ans, bien avant la prise de participation de Third Point: «Ce n’est pas une réaction à des pressions d’activistes.»

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Richemont n’est pas à vendre

Le président a par ailleurs balayé encore une fois les rumeurs persistantes de rapprochement avec le groupe de luxe français Kering: «Richemont n’est pas à vendre et nous ne sommes pas intéressés par une fusion. Nous croyons en nos entreprises et en leurs performances. Pourquoi devrions-nous diluer notre actionnariat alors que nous pensons que notre croissance pourrait être meilleure que celles d’autres entreprises dans un avenir prévisible?»

Les annonces de Richemont concernant YNAP ont été saluées par les analystes vendredi, de même que le résultat semestriel du groupe. Entre avril et septembre, Richemont a vu son chiffre d’affaires augmenter de 24% à taux de change constant par rapport à l’année de référence 2019, à 8,9 milliards d’euros (9,4 milliards de francs). Le groupe dépasse ainsi les attentes du consensus AWP de 225 millions. Le résultat opérationnel s’établit à 1,95 milliard et le bénéfice net à 1,29 milliard.

A 10h50 vendredi, l’action Richemont s’échangeait à 133,25 francs, en hausse de 8,6% par rapport au précédent cours de clôture, tandis que l’indice SMI progressait comparativement de 0,31%.