Luxe

Richemont poursuit sa transformation

Le groupe de luxe genevois a nommé huit nouveaux membres à son conseil d’administration lors de son assemblée générale. Le successeur de Georges Kern à la direction des marques horlogères n’est par contre pas encore connu

Quarante minutes ont suffi à Richemont pour concrétiser un changement de génération. Et poursuivre sa profonde transformation. Durant la 29e assemblée générale du groupe de luxe qui s’est tenue mercredi dans un palace genevois, huit nouveaux membres ont été élus au conseil d’administration. 

Le propriétaire Johann Rupert n’a par contre donné qu’un petit indice quant aux plans de succession en cours à l’étage de la direction: des annonces devraient tomber le 10 novembre prochain lors de la publication des résultats semestriels.

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Pour le reste, tout s’est déroulé comme prévu: les propositions de l’ordre du jour ont été acceptées, les actionnaires n’ont réalisé aucune intervention et Johann Rupert s’est permis quelques plaisanteries. Il semblait de bonne humeur; son groupe avait publié quelques heures plus tôt des chiffres de ventes en progression de 10% sur les cinq premiers mois de l’année.

Renforcement dans les nouvelles technologies

Le propriétaire des marques Cartier, Montblanc ou Jaeger-LeCoultre le regrettait l’an dernier: son conseil d’administration comptait de trop nombreux «Français aux cheveux gris». Cet organe avait également été critiqué dans nos colonnes par le professeur à l’IMD Didier Cossin, qui le jugeait «passéiste et dysfonctionnel». Depuis mercredi, la donne a changé.

L’assemblée générale a élu huit nouveaux «directeurs non exécutifs» qui viennent de différents horizons. «Ces nominations reflètent une transition générationnelle en cours chez Richemont. Ils vont renforcer les talents que nous avons déjà dans des thématiques comme les nouvelles technologies, le marketing numérique ou l’e-commerce», a commenté Johann Rupert.

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On trouve parmi ces huit nouveaux conseillers des profils hétéroclites. L’Indien Nikesh Arora (49 ans) a été vice-président et Chief Business Officer de Google jusqu’en 2014 avant de prendre la tête des opérations internet et médias chez le géant japonais des télécommunications SoftBank. La Chinoise Keyu Jin (35 ans) a réalisé toutes ses études – jusqu’au doctorat – à l’Université Harvard et est notamment présentée comme une experte de l’économie chinoise.

Vesna Nevistic, double-nationale suisse et croate de 52 ans, est, elle, une ancienne de Goldman Sachs et d’UBS et détient un doctorat en ingénierie électrique de l’EPFZ. Anton Rupert, 30 ans, vient rejoindre son père et son frère Jan au conseil d’administration du groupe, dans lequel il travaille déjà depuis huit ans. «Je lui téléphone chaque fois que j’ai besoin de quelqu’un qui m’explique comment fonctionne le nouveau monde dans lequel on vit», a soutenu Johann Rupert.

Pointe d’humour pour l’ex-directeur financier

Les autres nouveaux arrivants sont déjà connus à l’interne. Il s’agit de l’actuel directeur général de Van Cleef & Arpels Nicolas Bos, de l’ex-patron de Montblanc aujourd’hui à la tête des opérations du groupe Jérôme Lambert, du nouveau directeur financier du groupe Burkhart Grund et de l’ancien conseiller du comité de sécurité stratégique Clay Brendish. Au total, le conseil d’administration compte aujourd’hui 19 personnes.

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A l’heure de l’élection de Gary Saage – son fidèle directeur financier, dans la maison depuis 1988 – au conseil d’administration, Johann Rupert n’a pas pu s’empêcher de lancer une boutade. «Comment? Certains d’entre vous votent contre Gary? Vous ne vous rendez pas compte du dévouement de cet homme pour le groupe… Sans lui, nos réserves de cash ne seraient pas aussi bonnes. Et surtout vous n’auriez pas de dividendes…»

Annonces attendues en novembre

Une fois les rémunérations acceptées et la séance levée, l’homme d’affaires a dû faire face aux journalistes. A propos du départ inattendu de son nouveau directeur des marques horlogères Georges Kern en juillet dernier, Johann Rupert a botté en touche en lui souhaitant simplement la bienvenue dans le monde des entrepreneurs. Personne n’a encore été nommé pour le remplacer et l’homme fort de Richemont a laconiquement lâché que «des annonces pourraient être faites en novembre» (lors de la publication des résultats semestriels).

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D’autres questions restent en suspens. A la manufacture Panerai, on pronostique par exemple le départ prochain du directeur général Angelo Bonati. Sera-t-il remplacé comme on l’a déjà entendu à plusieurs reprises par Jean-Marc Pontroué, actuel numéro un de la marque Roger Dubuis? «Vous comprendrez que je ne veuille pas discuter publiquement de cela», a patiemment répété Johann Rupert avant de quitter le palace qui hébergeait ses actionnaires.

Même à l’interne, le sujet reste difficile d’accès. Mardi soir, lors du souper privé organisé notamment pour ses patrons de marques, Johann Rupert n’a pas articulé un seul mot sur ces questions. Les principaux intéressés pourraient bien devoir, eux aussi, attendre le mois de novembre pour en savoir davantage.

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