Des femmes, des femmes et encore des femmes. Cette semaine, sur le stand Roger Dubuis du Salon International de la Haute Horlogerie (SIHH), il est surtout question de femmes. «Roger Dubuis n’a pas pour vocation de ne s’adresser qu’aux hommes», martèle Jean-Marc Pontroué, patron de la marque en mains du groupe Richemont. La griffe décalée dont les montres se négocient entre 10 000 et plusieurs millions de francs, est la dernière à avoir rejoint le giron du groupe de luxe genevois. Son chiffre d’affaires annuel est estimé à 55 millions de francs par Vontobel (pour environ 4000 pièces vendues l’an dernier). Elle emploie 380 personnes dont un peu plus de 200 en Suisse.

Le Temps: Votre stand est un grand hommage aux femmes. C’est un marché sur lequel vous voulez maintenant vous concentrer?

Jean-Marc Pontroué: Nous voulions, cette année, mettre les femmes en valeur. Notre collection Velvet, qui s’adresse à elles, a été lancée il y a quatre ans et nous permet déjà de réaliser 25% de nos ventes. Sans que nous n’ayons fait aucun effort pour cela. Et comme Roger Dubuis n’est pas une marque de compromis – que ça soit dans son style, dans son positionnement, dans sa mécanique ou même dans ses prix – nous avons vu les choses en grand. Notre stand polarise? Les gens adorent ou détestent? Tant mieux.

– Depuis la fondation de Roger Dubuis en 1995, l’homme d’affaires Akram Aljord détenait 40% de la marque. Selon nos informations, il a récemment cédé ses parts au groupe Richemont. C’est juste?

– En effet, il y a quelques semaines, Richemont a racheté 100% de Roger Dubuis. Je ne vous donnerai pas le montant de la transaction. Mais il faut prendre cela comme un formidable message de confiance qu’envoient les actionnaires du groupe à Roger Dubuis… S’ils ne croyaient pas en nous, vous pensez bien qu’ils se seraient abstenus de débloquer cet argent.

– Est-ce que vous confirmez qu’après être enfin arrivé à la rentabilité en 2014-2015, Roger Dubuis est retombé dans les chiffres rouges l’an dernier à cause du franc fort?

– Vous savez bien que je ne peux pas donner de chiffres. Mais qu’on gagne un peu d’argent ou que l’on en perde, cela ne changera pas grand-chose à la trésorerie du groupe Richemont. Notre objectif est de surperformer le marché et de faire grandir la marque sur la durée. Regardez: nous avons ouvert une boutique à New York sur Madison Avenue cette année. Si les temps étaient si difficiles et que notre objectif était simplement de faire de l’argent, on ne l’aurait pas fait. Il est toutefois vrai que lorsque l’on fait de la course à pied, que le chemin monte raide et qu’il pleut, il faut ralentir un peu sinon on se fait mal.

– Sur l’année 2016, il pleuvra beaucoup…?

– Oui, il pleut déjà, mais je suis Breton, j’ai l’habitude. Plus sérieusement, on s’adapte aux conditions et on repense certaines affectations de ressources. Un fait marquant en 2016, c’est la simultanéité de plusieurs événements: les chamboulements brutaux sur les devises, la chute des matières premières, les attentats terroristes, les transferts touristiques… C’est difficile à gérer! Surtout que dans notre business, l’émotionnel joue un rôle très important: vous n’achetez pas seulement une montre Roger Dubuis pour savoir l’heure qu’il est… Malgré cela, les tendances qui affectent Roger Dubuis sont bien différentes des tendances qui affectent les autres marques.

– Ce qui signifie que vos marchés asiatiques se portent donc bien…?

– Évidemment, je ne peux pas dire que l’on se porte très bien à Hongkong ou Macao. Mais la Chine, la Corée, le Japon sont des territoires sur lesquels nous misons actuellement. Même si Genève est devenue notre première boutique au monde. Et nous réalisons 15% de notre chiffre d’affaires en Suisse. C’est un mythe que l’on entretient: on va à Maranello chercher sa Ferrari, on va à Stuttgart chercher sa Porsche, pourquoi ne pas venir a Genève pour y retirer sa Roger Dubuis?

– Quels seront vos gros investissements en 2016?

– Nous allons ouvrir une deuxième boutique à Pékin, une première à Tokyo et une première à Shanghaï. Mais nous misons aussi sur les pièces sur mesure. Par exemple lorsque vous voulez faire figurer vos initiales ou vos armoiries dans la montre, nous les intégrons aux mouvements. Que l’on doit ainsi entièrement rééquilibrer. Notre département «Rarities», ouvert il y a deux ans, génère déjà 10% de notre chiffre d’affaires. Mais ce n’est rien, quand l’on sait que 100% des Rolls-Royce sont sur mesure. Vous imaginez la marge de progression…

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