La bourse suisse l’exige: une société cotée est tenue de faire savoir sans délai si ses résultats s’écartent de manière significative des performances passées. Richemont n’avait donc pas le choix. Mercredi, le groupe de luxe genevois a annoncé que son bénéfice net annuel allait s’afficher en recul de 36%, par rapport à l’an dernier. Soit une différence de 750 millions d’euros environ.

En cause, un ajustement comptable. La chute du résultat du propriétaire de Cartier, Piaget et Montblanc, dont les détails seront publiés le 22 mai, est la conséquence des pertes subies sur «des instruments financiers incluant des élémentaires monétaires et des dérivés». Ces pertes n’étant pas imposables, «le taux fiscal du groupe augmente significativement et creuse le recul du bénéfice», complète Christophe Laborde, analyste chez Bordier.

Concrètement, que s’est-il passé durant cet exercice 2014-2015, qui a vu l’euro perdre 14% face au franc? Pour l’analyste de J. Safra Sarasin Michael Romer, cet incident est probablement lié aux mouvements de changes. «Malgré le fait que Richemont tienne ses comptes en euros, il est obligé de convertir en francs les actifs et les liquidités qu’il détient en Suisse.» L’analyste suggère qu’une partie de cette perte soit aussi liée à une dépréciation de la valeur des stocks de métaux, précieux ou non.

Le correctif n’affectera pas le niveau des liquidités nettes de 5,4 milliards d’euros (à fin mars), précise le groupe. Qui profite de cet «avertissement sur bénéfice» pour indiquer que son chiffre d’affaires a progressé de 5%. Et de 2%, à taux de changes constants.

Les analystes relativisent

En attendant les précisions de la direction, le mois prochain, le titre a clôturé mercredi en hausse de 0,84%, à 83,80 francs. «A première vue, c’est une très mauvaise nouvelle, concède un analyste de la Banque Cantonale de Zurich, cité par Bloomberg. Mais à y regarder de plus près, on constate que c’est un événement habituel, dans la gestion de changes.» En excluant cette mésaventure, «les revenus et le bénéfice semblent meilleurs que prévu», ajoute Patrick Schwendimman. Et ce sont eux, «les chiffres importants sur lesquels il faut s’attarder». «Cette annonce ne devrait pas trop pénaliser le titre, renchérit Christophe Laborde. L’effet BNS est intégré dans le cours et la performance opérationnelle devrait être supérieure aux attentes.»

Michael Romer se dit surpris par l’ampleur des dégâts. Mais il relativise lui aussi, rappelant la solidité du bilan de Richemont. Il maintient sa confiance – sa recommandation d’achat – sur le titre.