Semaine mouvementée pour Rieter. Mardi matin, l'action dévissait de 9% à 360 francs suite à l'avertissement sur les bénéfices émis la veille par le fabricant de machines textiles et sous-traitant automobile. Autre ambiance vendredi: l'action du groupe zurichois s'est envolée à 409,50 francs en matinée avant de limiter ses gains à 1,2% à 398 francs. Cette effervescence s'explique par les spéculations sur la société, ravivées par l'élection chaotique de son président jeudi, à quoi s'est ajoutée le même jour la montée de Forbo dans son capital à hauteur de 5%.

Attitude ambiguë de Forbo

Pour rappel, Roland Hess, qui était pressenti à la présidence du conseil d'administration de Rieter, s'est désisté à la dernière minute jeudi, laissant la place à Erwin Stoller, prévu d'abord au poste de vice-président. Ensuite, les motivations de Forbo et de son principal actionnaire Michael Pieper restent difficiles à interpréter. Sa prise de participation qualifiée d'«industrielle» - donc ni stratégique ni financière - ouvre la voie à différents scénarios. Il est possible que Michael Pieper, qui s'était opposé à la prise de contrôle de Forbo par le fonds CVC Capital Partners, cherche à prévenir le lancement d'une offre sur Rieter, dont le cours a chuté de 38% sur un an.

Un autre scénario circule toutefois dans les milieux financiers depuis peu: Michael Pieper agirait de concert avec d'autres actionnaires en vue d'influencer la stratégie du groupe. Parmi ses alliés figurerait en particulier le financier Martin Ebner, dont la banque BZ a été auparavant un actionnaire important de Rieter. Objectif de ce groupe d'actionnaires: restructurer la division automobile, à faible marge, dans l'optique de la revendre, puis recentrer ensuite Rieter sur ses seules activités textiles.

Un scénario crédible? Patrick Laager, analyste chez Vontobel, estime que Rieter va certainement donner la priorité à ses activités textiles, plus cycliques, mais dont les marges sont plus attrayantes, au détriment de la sous-traitance automobile. «La stratégie duale de Rieter ne pourra pas continuer de fonctionner sur le long terme», estime l'analyste. Il juge toutefois le scénario d'un rapprochement avec d'autres groupes suisses actifs dans l'industrie textile tels OC Oerlikon ou Uster comme peu vraisemblable dans le contexte actuel, compte tenu des difficultés de Rieter dans ses deux divisions.

Oerlikon a la voie libre pour céder son unité textile

Reste que Uwe Krüger, CEO d'Oerlikon depuis un an, souhaite céder les activités à faibles marges au sein de son groupe, parmi lesquelles figure la division textile issue de Saurer. En outre, Oerlikon est de toute manière un groupe en plein chantier depuis que le multimilliardaire Viktor Vekselberg tente d'en prendre le contrôle via sa société Renova. Le Russe a gagné vendredi une manche dans la lutte qui l'oppose à la société Victory, du duo autrichien Ronny Pecik et Georg Stumpf, président d'Oerlikon. Vendredi soir, ce dernier a annoncé qu'il renonçait à se représenter à l'élection au conseil d'administration lors de l'assemblée générale de mardi prochain. Les nouveaux propriétaires du groupe auront donc tout loisir de redéfinir les priorités d'Oerlikon et son portefeuille d'activités.